Lundi 18 Décembre 2017
Le Rejoneo
Mercredi, 20 Octobre 2010

 L’art du rejoneo remonte à la nuit des temps puisque l’on retrouve la trace de combats de toros à cheval au XIIIème siècle.  Un art réservé à l’aristocratie, les courses se déroulant la plupart du temps au campo ou dans des espaces faisant partie intégrante des vastes domaines qui appartenaient à la noblesse de l’époque. Rapide résumé de l’histoire, les courses seront peu à peu réglementées et se dérouleront alors dans des plazas de toros réservées à cat effet, les mêmes que pour la corrida. Les origines de ces combats les situent au Portugal et en Espagne pour plus tard s’étendre à la France taurine.

 

 Pour n’évoquer que la période la plus récente, un des grands précurseurs du rejoneo a été Antonio Cañero qui en 1923 s’est présenté dans les arènes de San Sebastián vêtu du traje campero pour combattre des toros en respectant une réglementation qui à quelque chose près est toujours en vigueur. Suivirent dans la foulée quelques rejoneadors célèbres, tels les Conchita Cintrón, Álvaro Domecq, le Duque de Pinahermoso, Samuel Lupi, Manuel Vidrié, Javier Buendía, Fermín Bohórquez, Joao Moura, Ángel et Rafael Peralta, Antonio Ignacio Vargas, la plupart de ces figuras étant en même temps éleveurs de toros.


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         Plus près de nous, une nouvelle génération de cavaliers a quelque part secoué le cocotier en révolutionnant le rejoneo pour le rendre encore plus spectaculaire. A la tête de ces rejoneadors, Ginés Cartagena, venu de Benidorm, qui s’est rapidement hissé au premier rang de l’escalafón au milieu des années 80. Même si les aficionados n’appréciaient pas toujours sa façon de mener ses montures, il faut bien préciser que Ginés Cartagena a été incontestablement le vecteur d’un regain d’intérêt de la part d’un public qui se disputait les billets à chacune de ses apparitions. Ayant prématurément perdu la vie lors d’un stupide accident qui le vit fauché par une voiture au bord d’une route de Talavera de la Reina, il a laissé un temps une brèche… dans laquelle s’est engouffré son neveu, Andy, qui s’est présenté à Nîmes en 1996 alors qu’il n’avait que quinze ans ! Se retrouvant à son tour aux avant-postes, Andy allait trouver sur son chemin un cavalier hors-pair qui depuis une dizaine d’années est la figura incontournable du rejoneo : Pablo Hermoso de Mendoza. Venu d’Estella, en Navarre, Mendoza n’a pas eu pendant longtemps de rival, mais à l’heure actuelle certains jeunes aux dents acérées montent au créneau, ce qui ne peut que favoriser une saine competencia, toujours profitable au spectacle. Parmi eux, le leader indiscutable est Diego Ventura, récent triomphateur de Séville, mais on peut aussi citer Álvaro Montés, Leonardo Hernández, les fils de Fermín Bohórquez et Joao Moura, Sergio Galán, Sergio Domínguez, Raúl Martín Burgos, José Miguel Callejón, Sergio Vega, Louis Rouxinol, Joao Salgueiro…

 

 


         En France, le rejoneo est pratiqué principalement en Camargue. S’il n’y a pas actuellement chez nous de grandes stars de cette discipline, notons toutefois qu’après d’illustres prédécesseurs, Marie Sara a fait une carrière honorable après avoir pris l’alternative à Nîmes des mains de Conchita Cintrón. Depuis, pas mal d’autres cavaliers ont foulé les pistes régionales et actuellement, Thomas Bacquet, venu du Sud-Ouest, semble le plus prêt pour prendre la relève. On remarquera aussi que, outre Marie Sara, pas mal de femmes se sont dédiées à cette discipline : Marie-Pierre Callet, Patricia Pellen, Nathalie Gonfond, Julie Calvière…

 

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        Chaque rejoneador possède sa propre cuadra, composée de superbes montures reconnues par leur nom, certains étant demeurés célèbres. Ces chevaux tiennent un rôle particulier, depuis le cheval de salida qui débute le combat, puis ceux utilisés pour les banderilles et enfin ceux montés pour la suerte suprême, moment où le rejoneador doit tuer le toro. Tout cela nécessite bien entendu des heures et des heures de dressage, le but étant que le cheval assimile parfaitement son rôle en étant en parfaite osmose avec le cavalier, ce qui est certainement plus facile à écrire qu’à obtenir !!!


        Les principales corridas de rejón sont incluses dans les ferias où elles drainent un nombreux public, notamment à Nîmes et Arles, ou à l’occasion de trophées particuliers comme le Rejón d’Or de Méjanes et le Centaure d’Or des Saintes-Maries-de-la-Mer autour du 14 juillet…


       En Espagne, des corridas de rejón sont organisées dans toutes les ferias importantes, notamment à Madrid et Séville, et au Portugal, elles sont monnaie courante sous leur forme particulière.

 

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         Ces corridas peuvent en effet revêtir plusieurs configurations, la plus traditionnelle et orthodoxe étant trois cavaliers contre six toros, chacun combattant deux adversaires. Cependant, d’autres formules ont vu le jour, dont celle où quatre cavaliers affrontent six toros, un chacun et les deux autres "por colleras", c’est-à-dire en duo. Il y a aussi le seul contre six, plus rare, et de plus en plus souvent, la corrida mixte comprenant un rejoneador et deux matadors. C’est une formule qui est très au goût du jour pour laquelle on retrouve le plus souvent Mendoza ou Ventura avec deux figuras du toreo. Enfin, la corrida portugaise a de particulier que le toro n’est pas tué et qu’après la faena du rejoneador, les forcados viennent l’arrêter à mains nues. Un exercice très spectaculaire qui occasionne pas mal de dégâts dans la troupe !

 

 

Déroulement d’une corrida équestre

         Comme la corrida formelle, elle se déroule en trois tercios (tiers), le premier consistant en la réception du toro et la pose de farpas (harpons), le deuxième réservé aux banderilles, de loin le plus spectaculaire et le plus souvent accompagné par la musique, le troisième étant celui de la mort.
         Le rejoneador est entouré de deux banderilleros dont le rôle est notamment de placer le toro si le cavalier a du mal à y parvenir et bien entendu, de venir à son secours en cas d’accrochage.
         A l’issue de chaque faena, les récompenses octroyées sont les mêmes que pour les matadors : oreilles et queues, vuelta au toro…

 

Paul Hermé

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