Vendredi 23 Février 2024
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Mardi : Tentadero chez Iñigo López-Chaves...
 
DEUXIEME JOUR : Après une bonne nuit de sommeil réparateur, le petit groupe prend un petit déjeuner au bar de notre hôtel, puis, très rapidement, une séance de visionnage des mauvaises attitudes de la veille est organisée. Cela fait partie de la formation, très utile pour corriger et progresser.
 
Aujourd'hui, le Maestro Varin rejoint le Maestro el Rafi dans un élevage de renom de la zone de Ciudad Rodrigo et Manuel les accompagne pour sortir de second.
 
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Vers 11h, avec le reste du groupe, nous partons pour un nouvel élevage, celui de Don Ignacio López Chaves. C'est à 30 minutes de notre hôtel, au nord.
 
Nous traversons un paysage très varié, de très grandes superficies sont semées, d’autres viennent d’être labourées, c’est très agricole. Il y a aussi beaucoup de bétail, des vaches rousses de race limousine ou beiges type charolais le disputent aux très nombreux moutons qui paissent tranquillement dans les champs.
 
D’immenses entrepôts de forme longue surgissent quelquefois, c’est là que l'on élève des milliers de cochons produits chaque année, dans cette partie de l’Espagne, très réputée pour son jambon savoureux. Puis, au détour d'un virage et d’une petite colline, le paysage change encore, le campo redevient plus boisé, les chênes se font plus nombreux, les cailloux deviennent de grands rochers bien ronds, bien arrondis par les pluies et le vent. Nous passons rapidement dans le petit village de Ledesma où nous apercevons les arènes, dans lesquelles ne se donnent plus qu’une corrida dans l'année et un bolsín.
 
Nous laissons ce village à l'est, nous filons plein ouest vers la finca dans laquelle va se dérouler la tienta du jour. Le vent souffle, il n'est pas trop froid tant qu'il fait soleil comme aujourd'hui. Nous trouvons, dans un clos près de la finca, une douzaine de beaux toros, bien charpentés, ils s'approchent vers le pienso, déposé dans une grande mangeoire en granit. Le ganadero tient à nous faire visiter la placita d'origine où a débuté son neveu, le Maestro Domingo López-Chaves. C’est un site typique, on dirait qu’il est resté intact depuis sa construction. C’est austère mais puissant, entièrement fait avec d’énormes blocs de granit.
 
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Nous repartons pour atteindre l'arène en béton qui sert aux tientas, au beau milieu de nulle part. Les murs en pierre de granit défilent sous nos yeux.
 
Il n’y a que nous, le ganadero, un ami, le mayoral et les vaches !
 
La séance débute à 12h avec une première vache compliquée, mansa, très fuyante, il faut l'obliger à prendre des passes. Ça ne promet rien de bon si toutes sortent dans ce style !
 
Puis, tout à coup, se fait entendre un meuglement caractéristique, c'est un toro sans cornes, imposant, qui s'est approché de nos voitures garées à côté. Il vient voir quelle est l'origine de tout ce remue-ménage, dans son campo si tranquille d'habitude. Il est majestueux, très bavard, un chant très sourd et profond s’échappe de sa gorge, il est très cabot aussi, car, quand je lui parle, il écoute avec attention et me répond ! C’est sûrement l'ivresse du Campo Charro qui me prend !
 
La première vache ne laissera pas de grands souvenirs. Nino a fait tout ce qu'il sait, ça ne l’a pas du tout détournée de son objectif premier : sortir de cet endroit au plus vite. Sacha a tenté une passe, bousculade, nuage de poussière, chute sans gravité. Clément comme Nino tente aussi, «Bon, on va la sortir ! » dit l’éleveur, c'est mieux ! Il est désolé et nous assure que cela n’arrive jamais.  ¡ No pasa nada !
 
Deuxième vache :
 
Une rousse, bien jolie, le duvet semble tout doux, elle se laisse mieux faire, c’est rassurant. Clément, Gauthier, re-Clément, il torée très bien, la vache se laisse toréer.
 
Nino et le Maestro Le Sur lui donnent des instructions, ça fonctionne. On passe à Gauthier, qui torée trop vite, d’habitude il nous a habitués à mieux, plus suave... le Maestro lui crie « doucement, doucement... Voilà, là oui, c'est bien ! ».
 
Mathieu s'y colle sous les conseils de Nino. C'est compliqué, ça ne passe pas toujours, la bête se faufile entre lui et sa muleta, il faut tout revoir. Il y retourne, mais il faut travailler sans relâche à chaque fois. La vache accroche la muleta, l'entortille entre ses 2 cornes, c'est finalement Clément qui va réussir à dégager le drap rouge, même au razet, Gauthier n’y est pas parvenu. La pauvre muleta de Mathieu est déchirée de part en part, lui qui, hier soir, avait gagné une muleta pour avoir été jugé le plus méritant de la première tienta, heureusement pour lui !
 
La placita est située juste à côté d'un hangar où des vaches mangent et boivent. De temps en temps, une ou deux passent leur tête par l’abreuvoir pour voir où en est la situation... Une petite noire, à force de taper contre une séparation en tôle métallique va réussir à s’échapper, elle part en faisant des sauts de cabris et file rejoindre ses autres congénères.
 
3ème vache :
 
Plus petite pour les plus débutants. C’est Clovis qui la pare, il s'en sort assez bien, même s'il se fait un peu accrocher la cape. C’est la première fois qu’on lui confie la charge de « parer » en premier.
 
Valentin sort aussi, c'est bien et propre.
 
Clovis à la muleta, la vache est parfaite, il s'applique, essaie de faire du mieux possible.
 
Cette vache rouge a du moteur. C'est très physique. Il s’en sort pas mal.
 
Puis Nino prend la parole : « Je te veux plus entregado - plus motivé -, fais toi plaisir, la vache est excellente, prend ton temps.» Il finit par de beaux gestes, accompagné de la voix de Nino, passe par passe.
 
Baptiste sort, il s'essaie. Nino sort pour lui montrer plus précisément quelle partie de la muleta doit entraîner la vache. "C'est toi qui décides, c'est toi qui la commandes, ne te presse pas. Mets la jambe. " lui conseille le maestro. Il faut tant de paramètres à intégrer pour que cela soit réussi au niveau technique.
 
Rémy est volontaire, mais il lui faut faire les passes les unes après les autres, bien exécutées, sans se presser.  Ne pas vouloir courir avant de savoir marcher.
 
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Clovis ressort pour faire une « tanda » (série), mais la vache le bouscule, roulé-boulé. Poussière. Il repart pour une très bonne série.
 
Paolo se risque. Il est stressé, mais il y va. Ce n'est pas facile, il faut combattre ses réticences. Il exécute de mauvais muletazos dégingandés et à son retour dans le burladero, il déclare au Maestro : « cette vache sera meilleure dans mon assiette que dans l’arène. ». ¡ Olé !
 
Sacha sort, il est volontaire. Il est très débutant, mais le bon esprit est là, c’est important.
 
Puis Nino accompagne la vache à l’extérieur en effectuant des passes au capote, c'est élégant. Elle se retrouve dans le clos voisin, où ses deux autres "collègues" l'attendent en regardant dans notre direction : qui regarde qui ?
4ème vache : 
 
Petite aussi, c'est un cours sur mesures pour bien apprendre.
 
Gauthier au capote. C'est plutôt pas mal.
 
Valentin sort aussi, mais se presse. Il s'arrête et recommence plus calmement.
 
Gauthier à la muleta. Il effectue de belles passes, il a la bonne distance, la vache répond, c'est agréable à voir. Il torée longtemps, très bien. La vache ne semble pas donner signe de fatigue.
 
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Mathieu ressort, il est volontaire. Le vent s'est levé, il y a énormément de poussière, il s'approche trop et fait démarrer la vache qui se sent attaquée. Il subit plus qu'il ne conduit. Il comprend et réalise de bons gestes après correction du professeur.
 
Rémy ne se croise pas assez, c'est compliqué encore pour lui. Il se fait bousculer, se relève, se met en colère et vexé d’avoir été bousculé y retourne. Il a du caractère.
 
Après toutes ces passes données, la vache commence à comprendre. Elle est moins coopérative.
 
C’est au tour de Mathieu, il a intégré les conseils précédents, c'est beaucoup mieux.
 
La vache sort avant que Nino n'ait pu réaliser de jolis quites... Le bruit du portail l’a fait bondir dans le clos.
 
5ème vache :
C'est au tour de Valentin. Il ne sort pas assez les bras, la vache le serre. Elle est très brave et a tendance à se mettre en querencia au portail. Nino sort pour lui montrer. Mais elle y revient toujours, elle est très enracée. Le ganadero décide de la changer.
 
5ème vache bis :
 
Une rousse assez haute.
 
Valentin ressort, il ne se fait quasiment pas toucher la cape, c'est bien.
 
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Clovis sort au capote, avec celle-ci, il est dépassé, elle le serre.
 
Valentin à la muleta. Une vache excellente, le ganadero le dit et Valentin l’est tout autant. Bien campé sur les reins, la main libre très détendue, c'est lui qui décide.
 
Baptiste y retourne et veut en faire trop. Une après l'autre pour voir. Il essaie, il faut conduire la vache qui le désarme et le fait courir.
 
Il y retourne, se fait bousculer à nouveau. Mais il y retourne encore puis se ravise. Il a un problème de chaussures. Il s’arrête.
 
Valentin reprend pour trois séries à gauche, pas mal du tout…
 
Clément reprend à la muleta. Son compas est trop large, le transfert de poids ne se fait pas comme il faudrait. Il faut qu’il travaille cette position du corps, sinon, l’effet est beaucoup moins artistique.
 
Nino se fait désarmer plusieurs fois, elle n'est pas facile. On la sort.
 
6ème vache :
 
Elle sort comme une fusée. Tous les élèves sont attentifs et la stimulent de leur cape. Nino et Gauthier se succèdent.
 
A la muleta, elle se révèle excellente, mais très exigeante.
 
Mathieu retente sa chance. Il a de beaux gestes, mais la vache le balade.
 
Puis, peu à peu, il prend confiance, c'est beaucoup mieux.
 
Clovis fait des efforts, la vache se méfie, ce n’est pas bien facile.
 
Cela fait exactement trois heures que le tentadero a débuté, la fatigue se fait sentir.
 
Même la vache se lasse !
 
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15h30, fin des travaux pratiques pour aujourd’hui.
 
C’est un entrainement intéressant. Chacun, à son niveau, a des points à retravailler, il faut aussi continuer l’entrainement physique car on peut s’apercevoir que certains sont limités côté endurance physique.
 
Nous repartons vers notre hôtel par la même route étroite qui serpente dans cette campagne si belle. Dans le minibus, c’est un silence absolu, ils dorment tous. Cette séance les a calmés. C’est une saine fatigue.
 
Le déjeuner est pris à notre arrivée à 16h30. Une bonne cuisine typique : en entrée un plat d’excellentes lentilles au lard puis, joue de porc grillée avec des frites et crème à la vanille en dessert. On n’entend que les cuillères !
 
En fin de repas, nous avons la joie de voir arriver notre cher Rafi, de retour de tienta, avec son mentor Patrick, suivis de Manuel. Ce dernier a eu des émotions durant la tienta, le bétail était très bon, très exigeant et technique. Il a un peu tutoyé la poussière, il est tombé mais rien de grave.  
 
A la fin du déjeuner, une séance d’entrainement physique est immédiatement improvisée : il faut travailler, s’entrainer, encore et toujours, décrasser, améliorer la course en arrière et se préparer pour demain, qui sera encore plus exigeant. La fatigue va s’accumuler, il faut donc aussi se reposer par de bonnes nuits de sommeil.
 
Ce soir, mes copains moutons et brebis sont couchés sous ma fenêtre, tranquillement, paisiblement, sans bruit, sauf celui de leurs clochettes, pendant qu’un monsieur hurle dans son téléphone, dans le couloir de l’hôtel. Il parle tellement fort que je suis sûre qu’il n’aurait pas besoin du téléphone pour parler à son interlocuteur, on l’entend surement jusqu’à Madrid ! Bref, nous étions en direct de l’Espagne profonde !
 
Photos : Jean-Luc Jouet