Jeudi 03 Décembre 2020
DIVAGATIONS DE PATRICE
Samedi, 21 Novembre 2020

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Quand l’ami François Coupry évoque le duende (2)...

«… Dans cette conférence, Lorca marque bien la différence entre les muses, les anges et le duende.

L’ange guide : « Il prévient comme St Gabriel », la muse dicte « et à l’occasion souffle », mais anges et muses sont à l’extérieur de l’être contrairement au duende qui est un démon intérieur.

Voilà qui nous débarrasse de cette autre idée trop commune à savoir que le duende serait un lutin qui débarque.

Tontería !

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Qui a vu, mais qui a donc a vu ce lutin-là se poser sur l’épaule de Curro Romero quand il décide, devant un toro qui a des cornes aussi pointues qu’un autre, devant un toro qui a une aussi sale gueule qu’un autre, quand Curro décide que cet animal-là permettra, transmettra, embistera ?

Pas de lutin qui descend du soleil.

Non.

Seulement une certitude.

Et on y va.

Pas de magie, mais une décision.

Pas d’intervention des dieux, des anges ou des muses de l’Albaicín, mais on se jette à l’eau et le miracle survient.

On nage alors qu’on ne sait pas nager.  

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«La muse - continue la voix de Federico García Lorca - peut guider la muleta, l’ange les banderilles. Avec eux, on peut passer pour un bon torero ; mais dans le travail à la cape, quand le toro est encore intact comme au moment de tuer, il faut le secours du duende pour mettre le doigt sur la vérité artistique ».  

Lorca met  le doigt sur la vérité du duende : Une décision que l’on prend du dedans, mais qui tout à coup vous met en dehors de vous-même.

Car, lorsque l’on se trouve derrière le burladero et que sort la bête et qu’elle semble immense, folle, impensable, c’est à ce moment qu’il faut s’oublier, réunir en soi les énergies d’une folie encore plus folle et se jeter à l’eau du capote sans savoir toréer.

Et c’est quand on se profile à l’épée qu’il faut oublier qu’on ne sait rien et appeler en soi la chance, décider que l’on sait absolument.

Savoir que dans l’évidence et la certitude ce coup d’épée sera énorme.

Refus de tout recul, refus de toute réflexion.

« Le véritable combat se livre contre le duende ».

Le démon du duende, son tragique, c’est la sublime idiotie de sa spontanéité.

Belmonte se suicida dès qu’il se mit à réfléchir. »

Va por ti, François.

Patrice Quiot

 

Paul Hermé

soler 2017

Affiches / Cartels