Jeudi 24 Septembre 2020
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Jeudi, 19 Décembre 2019

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Lettre ouverte d’André Viard à Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale…

 

L'ETHNOCIDE EN MARCHE ?

Cher Gilles Le Gendre,

Si les fondements de la PPL annoncée par madame Cazebonne sont à ce point ébranlés qu'elle se voit contrainte de la différer, les récentes déclarations de madame Bergé sur RMC, annonçant le dépôt d’amendements contre la présence des mineurs aux arènes à l'occasion d'une prochaine loi sur le bien-être animal, mettent à mal l’esprit de concorde qui a présidé à notre réunion du 20 novembre dernier, car elles démontrent que l’animalisme radical est décidé à aller au bout de son projet.

Tout en vous remerciant pour votre volonté d’écoute et pour le temps que vous nous avez consacrés, je crois donc nécessaire de vous faire part des sentiments partagés par les 17 millions de nos concitoyens (26% de la population) qui, selon les études d’opinion commanditées par la Fondation Brigitte Bardot, affirment leur respect à l’égard de notre culture et sont opposés à ce que l'on prive nos enfants du droit d'y assister ou de la pratiquer, droit confirmé par le Conseil d'État le 18 novembre dernier.

En même temps, vos réflexions inattendues sur l’intersectionnalité de pulsions diverses qui traversent notre société et votre groupe, mises en perspective avec vos propos du 17 octobre selon lesquels, nous, populations des territoires du Sud, devrions renoncer tôt ou  tard à nos cultures patrimoniales, au motif qu’elles ne seraient plus compatibles avec la société, montrent à quel point l’avenir de notre pays est conditionné par la dictature de la bien pensance et par les fractures inopportunes provoquées par celle-ci, dans lesquelles mesdames Cazebonne et Bergé n'hésitent pas à s'engouffrer, dans l'espoir illusoire de doter leur PPL ou leurs amendements d'un semblant de légitimité.

Même s’il peut être tentant pour un élu urbain de se laisser porter par le rejet de cultures caricaturées et stigmatisables sans risque apparent, parce que minoritaires et rurales, la grandeur d’une démocratie réside au contraire dans sa capacité à concilier les modes de vie différents, que divers mouvements radicalisés poussent à l’affrontement, dans le but de profiter du chaos dans lequel la disparition des piliers culturels de notre civilisation et du lien qu’ils créent plongerait la société.

Parce qu’elle possède une valeur universelle au regard de son histoire consubstantielle de l’épopée humaine - le "combat du taureau" prolonge sa chasse apparue au paléolithique -, la tauromachie apparaît comme un témoin posé sur la ligne de fracture qui sépare la civilisation humaniste ethno centrée de la civilisation anti humaniste prônée par l’anti spécisme fondé sur le paradigme bio centré, dogme révisionniste qui récuse toute différence entre l’homme et les autres espèces. La disparition de la tauromachie serait donc un symbole fort pour cette idéologie, ce qui explique les attaques discriminatoires dirigées contre elle, dont la dernière émane du groupe parlementaire que vous présidez, laissant entrevoir l'étonnante porosité de celui-ci vis-à-vis de thèses subversives qui favorisent un conflit de civilisation larvé.

Fort heureusement, la tauromachie est située aussi au carrefour de deux grandes conventions de l’UNESCO, dont l’objet est précisément de prévenir les méfaits de la globalisation qui menace de détruire ce que l’homme a de plus précieux : ses racines territoriales et culturelles, sa mémoire et son besoin de transmission.

Enracinée dans ses « régions de tradition » depuis des temps immémoriaux et transmise au fil des générations au sein des nombreuses familles qui constituent une vaste communauté culturelle, la tauromachie fut inscrite en 2011 au Patrimoine Culturel Immatériel Français car elle remplit les conditions édictées par la convention de l’UNESCO de 2003 : elle est une culture vivante perpétuée sur un territoire par une population qui s’identifie à elle dans le respect des droits de l’homme.

Que cette culture soit minoritaire ne la rend que plus précieuse et fait obligation aux États signataires dans lesquels elle est implantée de la protéger aux termes de la convention de 2005 sur la liberté et la diversité des expressions culturelles. Telle est l'intersectionnalité que nous revendiquons : universalité, légalité, légitimité, liberté, diversité, respect et tolérance.

Combattre le taureau dans une arène ne fait pas de nous des gens anormalement constitués, comme vous l’avez malencontreusement induit le 17 octobre en conclusion du colloque tenu à l’Assemblée Nationale, au cours duquel divers collectifs accumulèrent mensonges et propos haineux pour condamner la corrida, au prétexte vertueux de la protection de l’enfance, mais en réalité pour satisfaire les pulsions liberticides de l’idéologie anti spéciste dont madame Cazebonne est apparue comme la porte parole déterminée.

En creux, la corrida incarne aussi pour ces militants radicalisés de toutes les causes à la mode le patriarcat hétéro blanc et machiste dont les hommes de nos générations sont collectivement tenus responsables, surtout s’ils vénèrent la bravoure de l’homme et du taureau, dont le combat ritualisé dans la tauromachie est la représentation.

Il est au demeurant étonnant que mesdames Bergé et Cazebonne n’aient pas encore revendiqué la proximité de leur combat avec celui de la nouvelle icône du catastrophisme environnemental, dans la mesure où celle-ci vient d’arrimer la préoccupation climatique aux luttes intersectionnelles qui, selon vous, traversent aussi votre mouvement tout en condamnant le modèle libéral que celui-ci se propose de mettre en œuvre pour le bien de notre société.

En effet, si l’on en croit les dernières révélations de la jeune militante écologiste suédoise et sans extrapoler beaucoup, celle-ci verrait probablement dans la corrida un symbole de tout ce qu’elle rejette au nom de sa critique systémique de la modernité réduite au prisme du racisme et du sexisme, les deux péchés originels du monde contemporain selon la doxa "progressiste", végane, "féministe" et anti spéciste, dont l’injustice tiendrait à la domination qu’exercent encore les hommes blancs sur le reste de l’humanité, aggravée en ce qui concerne la tauromachie par le fait que cette domination s’exerce sur les animaux.

Soyons sérieux et laissons aux activistes le monde mouvant de la communication propagande pour aborder celui plus vertueux du débat d'idées.

Est-ce une société d’exclusion par l’anathème et la discrimination que La République en Marche veut léguer à nos enfants ? Souhaite-t-elle l'avènement d'une société dans laquelle l’anéantissement des minorités deviendrait la norme, à moins que celles-ci ne soient suffisamment radicalisées pour qu’on n’ose s’y opposer ? Est-ce l’image d’un pouvoir fort avec les faibles et faible devant l’effort de tolérance que cette majorité pléthorique prendrait le risque de donner d’elle, plutôt que de revendiquer pour tous les citoyens les principes de Liberté, Égalité et Fraternité que madame Cazebonne semble réserver exclusivement à ceux qui pensent comme elle, ainsi bien sûr qu'aux animaux ?

Dans une société fracturée et traversée aussi par des pulsions suicidaires bien plus clivantes et dangereuses que les gadgets idéologiques qui sous tendent les politiques opportunistes érigées en trompe l’œil, porter atteinte à ce que les citoyens et les territoires ont de plus précieux - leur identité, leur culture, leur histoire, leur mémoire, leurs traditions issues de la coutume, leur mode de vie, leur passion... en un mot leur ADN- ne peut aboutir, par réaction, qu’à accentuer le rejet d'un État excessivement jacobin, voire la dérive vers les extrêmes qui, tôt ou tard, conduira la France vers l’abîme dans lequel divers autres pays glissent déjà.

Quand le progressisme débouche sur le maccartisme et l’arbitraire au mépris des populations, rien ne le différencie plus des régimes totalitaires. La République En Marche, comme mesdames Bergé et Cazebonne l'y invitent, prendra-t-elle la lourde responsabilité d’engager la France dans un ethnocide, terme qui définit la volonté d’anéantissement d’une culture au travers de toute entreprise ou action conduisant à la destruction de la culture d’un groupe, à un acte de destruction d’une civilisation ou à un acte de décivilisation ? La République en Marche associera-t-elle son nom à la destruction de l’identité culturelle de la communauté taurine, en se rendant coupable d'un ethnocide similaire à l’acculturation des Amérindiens ou des aborigènes d’Australie, aux modifications profondes imposées à la culture traditionnelle du Tibet ou au Ouïghours par la Chine, à la russification des peuples premiers de Sibérie, à l'assimilation des Aïnous du Japon et des îles Kouriles, à la lutte de l’État indonésien contre l'animisme, à l'arabisation des Berbères en Afrique du Nord, voire à la tentative de la dictature franquiste d’éradiquer les langues catalane et basque en Espagne ?

Ce serait le cas si elle ne s’opposait pas au vote d’une loi ou d’un amendement qui aurait pour objet d’interdire la transmission inter générationnelle au sein de la communauté taurine en privant ses membres de leur autorité parentale. Elle se rendrait alors coupable, au même titre que les régimes totalitaires précédents, d'un "génocide culturel", terme initialement retenu par l'ONU pour qualifier les actes commis délibérément dans l'intention d'empêcher les membres d'un groupe d'avoir des activités culturelles, pratiquant ainsi une élimination progressive dans la durée au travers d'une assimilation forcée. Elle ne laisserait alors d’autre alternative à la communauté taurine que d’attaquer le pays des droits de l’homme devant la Cour de Justice de l’Union Européenne pour les avoir bafoués.

Les élus que j’ai accompagnés lors de notre entrevue, mais aussi les députés qui vous entouraient, l’ont dit de manière explicite : ne précipitez pas les populations de nos territoires dans le rejet de l'État, voire dans les bras des extrêmes, en condamnant la tauromachie au nom d’une idéologie - l’animalisme anti spéciste - dont la question de sa compatibilité avec le principe de laïcité mériterait au demeurant d’être posée : en vertu de quelle supériorité morale auto attribuée, la croyance en l’égalité entre toutes les espèces autoriserait-elle l’intrusion de la sphère privée dans le domaine public, d’où les religions monothéistes sont opportunément exclues ? Ne perçoit-on pas, au sommet de la représentation nationale, le risque terrible qui consisterait à brader les libertés fondamentales de populations respectables pour satisfaire les desiderata totalitaires d’une idéologie sectaire dont la dangerosité est ciblée par les services de l'État ?

J’observe heureusement que le Président de la République, comme tous ceux qui l’ont précédé, respecte la spécificité culturelle des territoires, conformément au Traité de Rome qui fait obligation aux États européens de ne pas porter atteinte, au nom du bien-être animal, aux traditions culturelles et aux patrimoines régionaux, ainsi que le Conseil d'État l'a opportunément rappelé le 4 octobre dernier.

Ce respect et celui du gouvernement à l'égard de notre culture devraient inciter le groupe parlementaire que vous présidez à ne pas porter atteinte aux droits fondamentaux, mais au contraire à les défendre, faute d'inciter une vaste communauté à penser qu’elle pourrait à tout moment être sacrifiée en bouc émissaire sur l’autel de vulgaires calculs électoraux.

La décision du Conseil d’État du 18 novembre 2019 ayant par ailleurs privé madame Cazebonne du seul argument qui motivait sa proposition de loi, en constatant qu'aucune étude ne démontre la nocivité de la corrida sur les mineurs contrairement à ce qu'elle prétendait, promouvoir une PPL ou approuver un amendement sur le sujet relèverait de l'arbitraire, avec pour seul horizon d'être sanctionné lors du contrôle de constitutionnalité, voire par la Cour de Justice de l'Union Européenne.

Ayant toutefois perçu, tout comme vous, cher Gilles Le Gendre, l'aveuglement de mesdames Cazebonne et Bergé sur ce dossier, nous comptons sur votre clairvoyance, votre pondération et votre persuasion, pour les aider à comprendre qu'en la matière, bafouer les droits des humains au nom de ceux des animaux serait contraire à tous les grands principes du bloc de constitutionnalité, et que leur acharnement à déclencher un ethnocide contre une communauté respectable, dont elles mesurent manifestement mal la capacité de résistance, aurait pour seul effet de jeter l'opprobre sur celles et ceux qui s'y risqueraient.

André Viard, Président de l’ONCT

 

Paul Hermé

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