Lundi 20 Novembre 2017
OLSINA
Mardi, 05 Septembre 2017

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Carlos Olsina, le plus andalou des novilleros biterrois...

Le 15 août dernier, dans les arènes de Béziers,  Charles Pasquier, plus connu dans les toros sous le nom de Carlos Olsina, a débuté en novillada piquée. Une première course dans cette catégorie qui devant les utreros de Robert Margé a représenté la première étape, franchie positivement, vers la consécration suprême.

Pour faciliter les choses, outre l’aide que lui apportent certains professionnels, il fallait que Carlos trouve un apoderado. C’est à présent chose faite et après ce baptême du feu, c’est dorénavant avec « Lolo de Camas », professionnel reconnu, qu’il va parfaire sa préparation sur les terres andalouses, en vue de la future temporada…

Pour mieux vous le faire connaître, Torofiesta a fait avec lui un retour en arrière depuis la naissance de sa vocation, puis évoqué son passage à l’école taurine de sa ville et enfin son début en piquée et les perspectives pour la suite de sa trajectoire…

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 LES PREMIERS PAS

« Je n’ai aucun antécédent taurin au départ, mes parents sont aficionados, ils allaient aux corridas à Béziers, parfois à Arles et Nîmes, mais pas plus. A trois ans, j’ai vu ma première novillada sans picadors à Béziers en feria, je n’en ai aucun souvenir, mais ce fut mon premier contact avec le monde taurin. Puis j’y suis retourné chaque année et je me souviens que vers 7-8 ans, ce qui me plaisait était le côté super héros des toreros avec leur costume de lumières et le  côté gladiateur aussi !

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Celui qui m’a donné l’envie de toréer, c’est Medhi Savalli que je voyais toréer en sans piqués et j adorais le lien qu’il arrivait à établir avec le public, le côté "spectacle ". De là est née mon envie de toreer. A sept ans, on m’a proposé de rentrer à l’école taurine de Béziers, mais je n’étais pas assez téméraire pour cela ! Je n’ai donc pas accepté la proposition qui venait de mon père, puis à 9 ans, il me l’a à nouveau proposé et j ai accepté puisque après avoir fait du tennis, du taekwendo et du rugby, je n avais toujours pas trouvé mon sport, ma passion… Et donc à 9 ans, j’ai participé à mon premier entrainement à l’école taurine. Les premières années, jusqu’à 13-14 ans, c’était le sport du mercredi après-midi et l’activité du week-end. J’adorais ça, mais la rigueur et les entrainements, c’était dur pour un garçon hyper actif comme moi qui ne tenait pas en place et qui voulait faire plein de choses à la fois !

Puis c’est devenu de plus en plus sérieux, jusqu’à devenir aujourd'hui ma vie. Bien sûr, le virus a contaminé par la même occasion mes parents qui sont devenus des aficionados de plus en plus pointus et surtout, ils sont devenus de plus en plus passionnés et vivent chaque jour ma passion avec moi à 100%. C’est grâce à eux que je peux faire tout ce que je fais aujourd'hui car ils me soutiennent tout le temps dans les bons et les mauvais moments, ce en quoi j’ai beaucoup de chance...  

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L’APPRENTISSAGE

Les personne clefs de ma formation ont été avant tout, et je lui dois beaucoup aujourd'hui, Philippe "El San Gilen" qui m’a inculqué les bases du toreo et même plus, puis Christian Coll qui m’apprenait à toréer au capote, ainsi que mes aîné Gaétan et Thomas qui m ont appris beaucoup de choses, tout ce qu’ils ramenaient comme savoir d’Espagne ! Ils ont pris le temps de me transmettre ce qu’ils savaient. J ai fait beaucoup de capeas avec des taureaux de race Camargue pour apprendre, pendant deux ou trois ans je n’ai pas toréé un toro espagnol, mais c’était formateur.

J’ai fait deux becerradas puis est arrivé ma première classe pratique avec la première estocade en public, à Los Santos de la Humosa, un pueblo près de Madrid, le 11septembre 2012. De là, je n’ai plus beaucoup toréé, j'ai refait une ou deux classes pratiques et puis mes débuts en costume de lumière à Béziers où j ai coupé une oreille.

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Deux mois plus tard, je me suis cassé le bras lors du concours international de toreros à Bellegarde et ma saison a été stoppée net. Je n’ai repris que l’année suivante et je n’avais toréé qu’une novillada sans picadors à Béziers. En 2013, ma seconde novillada sans picadors, je l’ai faite avec mes deux très bons amis Pierre Mailhan et Andy Younes à Mimizan où j’ai coupé une oreille. Puis ma saison en non piquéé a été lancée !

En 2014, j’ai été triomphateur des novilladas sin caballos de la feria de Béziers pour ma présentation en feria dans cette arène où j’ai coupé deux oreilles à un novillo de Margé. Un très bon souvenir pour moi ! Mais le meilleur souvenir de toutes mes novilladas sans picadors (environ une trentaine) a été sans aucun doute Málaga, cette plaza que j’ai trouvé extraordinaire, où j’ai coupé une oreille à une novillo de Carlos Núñez, comme le fit ce jour là aussi Adrien Salenc et Pablo Mora. Nous étions sept novilleros au cartel, c’était donc un défi de taille, mais le public était tellement chaleureux que cela restera gravé à jamais dans ma mémoire !

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A partir de mes début en sans piquée, ce fut vraiment sérieux. Je m’entrainais au mieux en combinant études et tauromachie, en arrivant même à un point où durant mes deux années de prépa HEC, après mon bac, je m’entraînais seul dans mon parking, à Nîmes, 3-4 fois par semaine. Je n’avais pas plus de temps à consacrer au toreo, ou même pour faire autre chose, sachant que la prépa me demandait énormément de temps de travail !       

Mon style de toreo est un mélange de Morante, Talavante, Finito… Artiste, mais surtout ce que je recherche avant tout, c’est la pureté dans le muletazo et la profondeur. Mes modèles sont Talavante, Morante, Manzanares, Ponce, Castella, Roca Rey, mais aussi Ferrera ou encore Ureña, chacun pour leurs propres  particularités. En fait, j’essaye de prendre leur point fort pour forger mon propre toreo.

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LA PROGRESSION ET LE PASSAGE EN PIQUÉE

Quand j ai eu fait le tour des arènes importantes en France et que j’ai acquis assez de technique pour pouvoir passer au stade de la piquée, il m’a fallu faire un choix entre les études et les taureaux. Après avoir passé les concours des grandes écoles de commerce, j’avais le choix entre faire une école de commerce, donc cela aurait été très compliqué de continuer le toreo, ou de me lancer à fond dans ma passion, ce que j’ai fait !

Je suis alors parti en Espagne grâce à  Robert Margé et j’ai passé un hiver très rude et très intense en entrainements aux côtés de mon maestro Manuel Escribano, des journées à plus de 12h où je n’ai cessé de me surpasser chaque jour pour progresser. Je me suis aussi entraîné pas mal de fois avec Thomas Dufau et Andy Younes qui m ont appris beaucoup de choses. J ai pu faire du campo, de tapia, tout l’hiver grâce à Manuel Escribano, Thomas Dufau, Andy Younes ou encore Andrés Roca Rey.

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Depuis que j’ai pris la décision de partir vivre en Espagne, je vis 100% toros, puisque je ne pense qu’à ça du matin au soir et je me sacrifie pour ça... J ai tout fait pour me préparer au mieux tout l’hiver avec les moyens que j’avais et arriver prêt à Béziers le 15 août. J’ai tué très peu de novillos cette saison puisque je n’en ai tué que 4 avant de passer en piquée, 2 novillos sans picadors à Séville et Mijas et deux utreros de Marie Sara « a puerta cerrada ». Le novillo piqué me convient beaucoup mieux étant plus calme et plus lent dans son embestida, demandant aussi plus de précision ! Je prends beaucoup plus de plaisir à toréer un novillo piqué qu’un novillo sans picador, car même si cela coûte plus, le plaisir est beaucoup plus important. 

J’attendais Béziers avec beaucoup d’impatience, j ai préparé cette matinée pendant un an tous les jours, j étais comme un gosse qui attendait Noël, tout excité à l’idée de toréer ma première novillada avec picador, et en plus à Béziers, mais j’étais aussi très responsabilisé. N’ayant pas d’apoderado lors du paseo de Béziers, je savais que cette course allait être très importante pour la suite de ma jeune carrière, mais j’ai su aborder cette matinée avec beaucoup de sérénité. J’avais demandé à tout mon entourage qu’il ne me donne aucune information sur comment était la novillada car je ne voulais rien savoir d’elle. Je la verrais en piste, la seule chose que je savais, c’était que  j’avais touché le plus gros du lot, mais je ne savais pas comment elle était et heureusement, je pense, car au final il s’avéra qu’elle a été très sérieuse, mais je  me sentais prêt pour affronter n’importe quel novillo !

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J’ai brindé mon premier novillo piqué tout simplement à ma famille, mon frère jumeau, ma mère et mon père, pour les remercier de supporter ma passion tous les jours depuis que j ai 9 ans et surtout pour les remercier de leur soutien quotidien qui est précieux à mes yeux ! Je me suis senti très à l’aise à la muleta devant mon premier novillo, moins au capote face à un novillo qui s’avéra être fort et compliqué. J’ai vu que je pouvais et c était le plus important. Je pense ne pas avoir démérité  devant ce premier adversaire, même si j aurais pu mieux faire car il ne faut jamais se contenter de ce que l’on a fait, sinon on ne progresse pas.

Mon second a été plus noble et moins âpre et m’a permis de m’exprimer, surtout à gauche où j’ai pu transmettre mon toreo comme je le voulais, ce qui me procura un moment de plaisir énorme partagé avec mon public biterrois. Je n’ai malheureusement pas très bien tué puisque j’ai tué d’une demi-lame efficace, certes, mais qui reste une demi-lame. Après avoir coupé une oreille de mon second novillo et avoir remporté le Tastevin d’Argent, je me suis senti comme soulagé et plus serein pour aborder la suite. Je pense avoir relevé le défi  en ayant eu un baptême du feu pour mon passage en piquée, car il y avait une novillada forte et exigeante et un cartel de taille avec deux novilleros punteros du moment, tout cela pour mes débuts en piquée. Le fait qu’avec tout cela j’ai   pu couper une oreille et remporter le prix du triomphateur de la piquée de la feria de Béziers 2017, m’a satisfait, même si l’envie de toujours mieux faire était bel et bien présente après la course.

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LE NOUVEL APODERADO

Ce triomphe à été très important puisque grâce à lui, Manuel Espinosa, dit "El Lolo de Camas", qui était présent lors de la novillada, a décidé de m’apoderer. Il était venu au départ à Béziers grâce à mon  ami et mozo de espada David de Gerena (moso de Manuel Escribano) qui lui avait demandé s’il pouvait m’accompagner à Béziers car je n’avais personne, n’ayant pas d’apoderado. Il est donc venu avec moi et grâce à Béziers, les choses se sont faites petit à petit. Nous avons pris deux repas importants avec Lolo et Robert Margé à Séville, à la suite desquels l’apoderamiento s’est fait. Depuis longtemps, j’avais entendu parler de Lolo de Camas comme étant un très grand professionnel et un travailleur qui a été pendant de nombreuses années picador d’El Cid. Mais avant tout une très grande personne, c’est d’ailleurs ce qui m’a décidé. Je connaissais aussi l’énorme travail d’apoderado qu’il avait réalisé auparavant avec Esaú Fernández ou encore Borja Jiménez, les amenant tous les deux à une alternative de rêve à Séville dans les meilleures conditions.    

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C’est pour moi tres important de vivre en Espagne car c’est là où tout se passe et c’est l’endroit où je peux apprendre le plus en m’entraînant au quotidien avec Manuel Escribano. Je fais le matin un entrainement physique très important et  très dur, digne d’un sportif de haut niveau, avec Manuel et son coach sportif.  Puis on se fait un taureau, tout cela de 10h30 du matin jusqu’à 14h30-15h.

Ensuite, de 18h30 jusqu'à 21h30-22h, nous faisons du toreo de salon et entrons a matar. Cela, du lundi au samedi, sans entrainement physique le samedi, seul le dimanche sert à se reposer quand il n y a pas de campo. Je vis donc à 200% toros et j’ai une hygiène de vie très saine, mais je pense que pour y arriver il faut en passer par là !   

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STRATÉGIE POUR LA PROCHAINE  TEMPORADA

Pour la prochaine saison, notre stratégie avec Lolo est de faire un hiver de préparation  intense basé sur beaucoup de campo, de tentaderos et de toros à puerta cerrada, afin d’arriver préparé dans l’intention de débuter dans les  premières ferias de France et d’Espagne. Il est encore trop tôt pour savoir si je vais m inscrire ou non  dans les certámenes de novillero.

Quant au tercio de piques, il encore difficile pour moi de bien le juger, mais j’ai la chance d’avoir un ancien très grand picador comme apoderado qui m’aidera, j’en suis sûr, à apprendre à juger la pique.

Par ailleurs, les personnes qui vont m’apporter leur soutien et m’aider dans ma préparation seront Robert Margé et Philipe Pagés et bien sûr, Manuel Escribano, mon maestro, ou encore Thomas Dufau… »  

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Après ses premiers pas prometteurs dans les arènes de sa ville en novillada piquée, il ne me reste plus qu’à encourager Carlos à préparer au mieux la saison qui l’attend en 2018. Le jeu en vaut la chandelle, et avec un tel entourage, il devrait avoir suffisamment d’opportunités pour aller encore de l’avant, en montrant son envie et en se frayant un chemin dans ce monde intraitable du toreo. Suerte, Carlos ! Suerte, amigo Lolo !

 

Paul Hermé

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