Dimanche 25 Août 2019
Clemente, Foot, Finito, Madrid, Granada, Gamarde, Orthez, Mauguio, La Brède, Aficion, Conchi, Flamenco, Hemingway...

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Clemente prendra l’alternative à Zamora le mercredi 29 juin…

C’est maintenant officiel, le novillero Clemente deviendra matador de toros à Zamora le mercredi 29 juin.

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Son parrain sera Cayetano et son témoin Alberto López Simón, toros de Sánchez Arjona.

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Enhorabuena y Suerte !!!

FOOT

Pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, comme je l'avais pronostiqué, c’est l’équipe de Madrid qui a gagné la finale de la Ligue des Champions 2016… Olé !!!

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FINITO

A Cordoue, la pluie a été plus forte que les ganas de Finito de Córdoba pour son encerrona qui a dû être finalement annulée, le ruedo du coso de Los Califas étant trop détérioré pour assurer la sécurité des toreros…

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Voir la vidéo en cliquant ICI

MADRID

Devant moins de deux tiers d’arène et face à des toros de Benítez Cubero, le quinto de Pallarés, Sergio Galán est sorti a hombros pour la septième fois pour avoir coupé une oreille à chacun de ses adversaires.

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Saluts et silence pour Rui Fernandes et Joao Moura hijo.

(Photo : Álvaro Marcos - Las Ventas)

GRANADA

Triomphe d'Alberto López Simón qui devant une demi-arène a coupé une oreille de chacun de ses El Freixo.

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Applaudissements et oreille pour El Juli et oreille puis saluts pour Roca Rey.

(Photo : Reyma Taurino - Mundotoro)

GAMARDE

Arènes de Gamarde, samedi 28 mai 2016, deuxième édition de la corrida organisée par la Peña locale. Six toros de Bañuelos, présentation et armures adaptées à une arène de troisième catégorie, seul le second donne du jeu, mansos les deux derniers et nobles, faibles limite sosos les deux derniers pour :

Pepe Moral : silence et vuelta.

Roman Perez : un avis et silence puis ovation.

Thomas Dufau : une oreille, un avis et ovation.

Salut de Marco Leal au cinquième. 9 rencontres avec la cavalerie Bonijol. 2/3 d’arènes.

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Sans atteindre le format madrilène, le lot de Bañuelos présenté à Gamarde ce samedi était plus digne d’une arène du Sud-Ouest que celui de Benjumea (succursale de Núñez del Cuvillo) présenté l’an dernier.

Peu de progrès par contre au niveau des premiers tiers, les toros sont sortis faibles et les piqueros n’ont pas brillé par la qualité de leur prestation, les toreros ne les aidant pas par des mises en suerte très approximatives.

Pepe Moral avait fait se lever les arènes de Dax en 2015, et était attendu par les aficionados présents. Son premier adversaire est trop faible pour permettre une faena, surtout que le torero andalou a besoin d’un toro qui se livre en baissant la tête dans la muleta. Le second, bien que lui aussi faible, a un peu plus d’allant. On retrouve dans la faena l’allure, la planta torera et le temple du torero, mais la distance entre lui et le toro montre l’engagement qu’il veut bien mettre sur le sable d’une arène de troisième catégorie. Sur deux séries mal conclues, il laisse filer le toro aux tablas, tue d’un bajonazo et fait une vuelta.

Roman Perez touchera le meilleur (second) et le plus mauvais (cinquième). Sa première faena est appliquée, volontaire, accroche le public, mais reste marginal et manque du temple qui aurait permis de mettre en évidence les qualités de son opposant. La mise à mort est laborieuse et prive l’Arlésien de toute récompense.

Le cinquième est un manso, distrait et fuyard, et ne permet pas grand-chose.

Sur ses terres, Thomas Dufau coupera une oreille à son premier Bañuelos après une faena appliquée, mais qui manquait de transmission à cause de la faiblesse et de la soseria du toro.

Le dernier est compliqué. Il demande une lidia autoritaire que ne lui imposera pas le landais. Peu en confiance, il recule sur la plupart des passes, se découvre et se met en danger. Il tue d’une entière trasera longue à faire effet avant de saluer.

(RT- Corridasi- Photo : Christian Sirvins)

ORTHEZ

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Orthez présente sa journée taurine du 24 juillet sur une vidéo réalisée par Yves Pétriat…

Cliquez ICI

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L'affiche de la Journée Taurine d'ORTHEZ a été réalisée cette année par Marie-France BARRERE.

Le thème souhaité de l'affiche 2016, était de mettre en valeur le toro.

Elle a réalisé cette affiche en tenant compte du thème et en l'adaptant à l'origami du logo de la ville d'Orthez. Elle a construit son affiche avec un fond plus clair et en y intégrant la façade des arènes du Pesqué.

Félicitation à elle…

(Communiqué de Toros Orthez)

MAUGUIO

Quelques précisions sur la Romería del Encuentro 2016…

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Billetterie au 07 84 31 98 01 (prix d'un appel local), à partir du 23/05 à l'espace Morastel et au Café du Midi, les 10, 11 et 12 juin aux Arènes de Mauguio.

LA BRÈDE

Quelques détails sur la journée taurine du samedi 25 juin, avec en outre des formules partenaires…

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AFICION

Conférence « Les enfants et la corrida »…

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CONCHI

L’empresa « Tauroemoción » a présenté au Club Taurin de Cehegín le cartel de la corrida qui sera célébrée le jeudi 9 juin.

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Un événement historique pour cette commune murciana puisque le jour de la Région de Murcia, la paza de toros centenaire sera ré-inaugurée après avoir été rénovée par la municipalité.

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Pour cette corrida, la torera murciana Conchi Rios prendra l’alternative, avec comme parrain Manuel Díaz « El Cordobés », témoin Antonio Puerta, toros de Guadalmena.

FLAMENCO

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HEMINGWAY

Avec l’aimable autorisation des « Avocats du Diable », ci-dessous l’intégralité de la nouvelle « Uriel, berger sans lune », d’Adrien Girard, qui a remporté le Prix Hemingway 2016…

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Il y avait sur le rebord du muret un petit cahier sale aux bords déchirés. Toutes ses pages étaient crayonnées de mots et de dessins. Sur la dernière page, un court texte:

« Une femme patiente à l’horizon

La poussière l’enroule et la paille autour dessine de douces vagues, infinies,

Mer jaune et ciel noir, tout est suspendu à son regard.

Sur le fil de l’horizon, les cris se sont tus et les coqs se dressent,

Je n’en finis pas de t’attendre, Andalousie mon amour. »

Je m’appelle Uriel, j’ai vingt-deux ans. Je suis né à Cadix, né gitan. Cela fait maintenant deux semaines que je suis à Béjar, ce vieux village de Castille. Nous sommes lundi, il est 14 heures. Tout est vert et les pierres sont jaunes. Je n’aime pas la Castille, il y fait froid dehors et glacial à l’intérieur. Le type qui a perdu son cahier doit savoir ce que c’est que d’avoir froid ici quand on a eu si chaud là-bas. D’avoir froid ici quand on a aimé là-bas. Enfin je n’y suis plus pour longtemps, il suffit juste de tenir jusqu’à dimanche maintenant. J’ai rencontré trois personnes ici, le boulanger qui m’accueille dans son arrière-boutique, le buraliste qui me donne les tirages à livrer le matin et Luna un soir sur la place centrale. Le boulanger m’accueille parce que Juan lui avait demandé de le faire. Il a installé un matelas dans une des petites pièces qui lui servait de dépôt. Le matin, l’odeur du pain et de la farine mouillée glissent sous la porte pour me réveiller.

Lui c’est un grand gars, silencieux, nous ne nous parlons jamais et c’est très bien comme ça. Le buraliste, Mateo, c’est ma grand-mère qui le connaissait. Lui aussi est gitan mais cela fait longtemps qu’il est parti de Cadix. Je ne me souviens pas de lui mais elle m’a raconté son pouvoir, il sait trouver de l’eau et les soirs de grandes lunes, il communique avec les morts. Ici à Béjar, il est buraliste et l’odeur des journaux de sa petite boutique est la même que dans tous les tabacs d’Espagne, c’est pour cela qu’elle me plaît tant. Il m’a dit le premier jour qu’il m’aiderait et qu’il prierait pour que cela réussisse. Prie Mateo si tu le peux, il faudra de toute façon que cela réussisse. Enfin Luna, je ne sais rien d’elle mais lui ai tout raconté le soir où nous nous sommes rencontrés sur la place. Il était tard, je ne sais pas quelle heure mais tard, tout était fermé depuis bien longtemps et la ville dormait à poings fermés. Moi je n’arrivais pas à dormir, elle non plus certainement. Comme la place n’est pas bien grande et qu’elle semblait n’avoir peur de rien, elle est venue me voir pour me demander ce que je faisais là, d’où je venais, où j’allais. Je n’ai pas eu l’idée de lui poser une seule question. Tout semblait clair, elle était d’ici, forte comme les pierres de son village et pure comme la nuit qui régnait sur la place. Je lui ai tout raconté. Gitan, Cadix, le voyage, les toros, le boulanger, le buraliste, elle. Elle m’a dit qu’elle s’appelait Luna et puis elle est repartie. Moi je suis resté sur la place toute la nuit et à 8 heures je suis allé prendre un café chez Mateo.

Il fait un café trop fort, si noir qu’il devient marron. Je n’en prends qu’une tasse, lui boit la cafetière entière et commence à fumer. Il fume du matin au soir. Il appelle ça la Grande Vie, fumer parce qu’on aime ça, sans se préoccuper de savoir si fumer tue ou rend stérile. La Grande Vie peut durer quelques mois où quelques années, cela n’a pas d’importance. Je passe mes matinées à l’observer dans son épaisse fumée qui a fini par blondir les pointes de ses cheveux gris. C’est la Grande Vie, la nique faite à la mort.

Mes matinées passent vite. Jusqu’à 13 heures je cours dans toutes les rues livrer des journaux et des enveloppes que Mateo me confie. Rien n’y est écrit mais chacune a une couleur et chaque couleur a une adresse. Je dois remettre ces enveloppes aux personnes que m’a décrites Mateo. Les premiers jours, j’ai soupçonné des liaisons amoureuses, des lettres enflammées déposées par le petit coursier, moi. Et puis j’ai remis des lettres à des petites vieilles, des grands-pères, des jeunes hommes. Mateo n’écrit pas des lettres d’amour, il écrit aux familles ce qu’il a entendu et conversé avec leurs morts. Je n’y crois pas mais cela n’a aucune importance. Lui écrit, eux lisent, c’est un bon équilibre et je suis presque excité le matin quand il me remet une petite enveloppe de couleur. Ma grand-mère faisait cela aussi, les conversations avec les morts. Elle ne savait pas écrire alors elle racontait. Elle parlait et sa voix était calme, son sourire clair et son regard allait souvent se perdre quelque part, je ne sais pas où. Elle restait toujours dans le coin de la pièce, avec ses espadrilles noires posées à côté du tabouret.

Mes matinées passent toujours vite et les après-midi sont toujours trop longues. Chaque jour, la nuit tarde à venir et je n’en peux plus de l’attendre. Comme c’est étrange que tout se termine ici à Béjar. Je n’aurais jamais imaginé cet endroit et cette fin. On tuera, ce dimanche à Béjar, les six derniers toros d’Espagne, six Domecq. Les six derniers seront pour Urdiales, Finito et Espada. Au tabac de Mateo, tout le monde dit qu’on aurait pu éviter cela, qu’il fallait aider les élevages quand il était encore temps, qu’on ne pouvait pas abandonner comme ça tout un bout d’Histoire, mais ceux qui parlent n’ont rien fait de plus que ceux dont ils parlent. Alors tous les élevages ont tour à tour fermé et ce dimanche, Domecq fermera le dernier. J’ai vu Urdiales ce matin, le village attend encore Finito et Espada. Nous sommes lundi mais Urdiales est déjà là, il passe ses journées près des toriles. Tout le village en parle évidemment, d’Urdiales et de cette course, la dernière d’Espagne qui mettra fin dimanche à beaucoup d’espoir, d’histoire et d’histoires d’amour. La fin d’une Grande Vie.

Il est maintenant 22 heures, les rues sont vides. La seule chose que j’aime de cette Castille jaune ce sont ses nuits noires. La Castille ne m’accueille que la nuit. Elle me laisse un peu plus lui parler, l’imaginer, la toucher de plus près. Et puis la nuit, je vais moi aussi aux toriles. Je ne sais pas encore comment je ferai dimanche mais cela viendra, l’important pour l’instant c’est de rester près d’eux. Ils sont calmes, forts et endormis. L’Andalousie est loin, tout semble très lointain. Il y a dimanche et après dimanche, personne ne sait.

Mardi matin, le Maire est passé à la boulangerie. Il a dit que Finito et Espada étaient arrivés aux aurores et qu’il y aurait une conférence le soir même à la mairie. Le maire a dit qu’il était bien emmerdé parce que cette course il ne la voulait pas, que personne d’ailleurs ne la voulait mais qu’on avait plus le choix. Les petits beignets le calment, il en engouffre dix puis part et nous glisse un suerte mélancolique. Aujourd’hui les morts sont silencieux, pas d’enveloppe, que des journaux et je finis à 11 heures ma tournée. Encore plus de temps avant la nuit, cela m’angoisse et je pense à boire, à me saouler mais à chaque fois cela attire tout un tas de problèmes et je ne peux pas avoir de problème, pas avant dimanche. Pas de Jerez donc, il va falloir trouver autre chose. Cadix me manque, ma grand-mère aussi, les deux sont inséparables, indissociables. J’entends sa voix courir dans les ruelles, j’entends les murmures de ses coplas qui s’échappent des clochers et montent avec les embruns. Là-bas, à Cadix, ma grand-mère habite toutes les rues, tous les balcons fleuris, toutes les places endormies.

La nuit n’en finira pas d’arriver dans cette Castille de malheur. Je rentre chez Mateo, il doit fermer le tabac cette après-midi pour aller rendre un service, je ne demande pas lequel mais il me propose de l’accompagner. Je suis sauvé, l’après-midi va passer. Nous montons dans sa voiture, il ne démarre qu’après avoir allumé sa cigarette. Il avale une première bouffée et se régale comme si c’était sa première cigarette. Sa Grande Vie, elle est bien plus grande que beaucoup d’autres trésors. Il se régale et me le dit « qu’est-ce qu’elle est bonne celle-ci ». La voiture sort de Béjar en trombe, nous allons chez un type du coin. C’était l’un des meilleurs mayorales de la région et il était aussi sourcier, comme Mateo. Après la disparition des élevages de toute la Castille, il est revenu dans son village et a ouvert un bordel. Au Campo Gitano. Je ne sais pas quel genre de service doit rendre Mateo mais je suis ravi d’aller au bordel.

Nous arrivons, l’entrée n’est pas vraiment tape-à-l’œil, il faut connaître. On frappe, on ouvre, c’est Javier le sourcier. « Mateo, hombre, je suis heureux de te voir », et nous entrons au bordel. Des bordels comme ça, je n’en ai jamais vu. On dirait une bibliothèque, un bar clandestin, un atelier de peintre mais pas un bordel. D’ailleurs Javier me dit que c’est le seul bordel d’Espagne où il n’y a pas de femme, enfin pas de femme pour ce à quoi je pense. C’est un bordel littéraire, les hommes viennent pour boire et payent des femmes, toutes Andalouses insiste Javier, pour leurs murmurer à l’oreilles des poésies et des coplas antiques. Les deux s’isolent, ils doivent converser. Je les laisse et pique au hasard dans l’étagère murale, Romancero Gitano. Il y a un passage de La Monja Gitana qui dit :

Por los ojos de la monja

galopan dos caballistas.

Un rumor último y sordo

le despega la camisa,

y al mirar nubes y montes

en las yertas lejanías,

se quiebra su corazón

de azúcar y yerbaluisa

Un bordel littéraire, ça aussi c’est une Grande Vie. J’entends les murmures des vers de Llorca et les parfums des femmes de mon pays. Leurs cheveux noirs et sauvages, les nez fiers et les regards aimants. Ce doit être merveilleux d’aller au bordel littéraire. Les deux sortent d’une petite pièce, leur histoire semble réglée, nous repartons. « Javier m’a demandé de voir si son grand-père avait quelque chose à dire. Le grand-père aussi était mayoral et Javier est nerveux pour dimanche. Je crois qu’il cherche encore à trouver une solution. » Le jour se couche déjà, la nuit ne va plus tarder maintenant.

Cadix me manque encore plus à la tombée du jour. Je repense à la mer, aux aurores dans les ruelles vides et aux journées à dormir dans la petite chambre de ma grand-mère. Elle reste presque toute la journée à discuter avec des personnes qui veulent entendre leurs morts. Il y a toujours du passage mais tout le monde parle doucement, tout se murmure. Je me laissais bercer tous les jours par les murmures des morts et la voix douce de ma grand-mère. C’est sa voix qui me manque le plus. Sa voix et elle tout entière. J’espère qu’elle va m’aider pour dimanche, c’est à cause d’elle que je suis ici mais je ne lui en veux pas. Mateo se gare, la voiture est remplie de fumée ocre, on ne voit presque plus rien. Sans rien dire Javier a glissé une caisse de Manzanilla dans le coffre, pour le remercier de sa visite. Mateo ferme normalement à 18 heures mais je crois qu’il meurt d’envie de rester là à boire une à une les petites quilles jaunes et vertes. Je sens qu’il a besoin de parler et qu’il est de ceux qui parlent mieux avec une manzanilla fraîche et jeune en main. Le tabac restera donc ouvert un peu plus tard aujourd’hui, tant mieux pour les fumeurs, me dit-il. Cela me va très bien, j’ai aussi très soif. Il m’envoie chez le charcutier demander un bout de saucisse au piment et un quart de fromage sec. Nous en avions tous les deux besoin.

Mercredi. Je me réveille encore entouré de la voix de Mateo. Hier il m’a raconté comment tout a commencé avec les morts. Mateo était autrefois celui qui parlait aux plus grands matadors morts en piste, celui par qui les maestros disaient ce qu’ils n’avaient pas pu dire, ce qu’ils avaient ressenti et tout l’amour qu’ils avaient pour les terres pelées où les toros règnent en maîtres. Il ne l’avait pas choisi, un jour l’un d’eux s’était manifesté et lui n’avait rien fait d’autre que d’écouter. Avec le temps, il avait appris à les rencontrer mais cela il ne voulait pas m’en dire plus. Mateo conversait avec tous ceux qui étaient morts enlevés par les cornes d’un fauve, mort en piste, mort dans les champs. Il avait parlé aux plus grands, Manolete, Pepe-Hillo, Paquiri, Espartero, Gallito, Litri, Gitanillo et tous ceux qu’on ne connaîtrait jamais, ceux qui mourraient les soirs de pleine lune au campo, ceux qui ne revenaient jamais des capéas de villages, ceux qu’une tienta déposait sur le sable rouge sang. Toutes ces conversations il ne les dévoilerait jamais, son seul devoir était d’écrire, d’écrire à ceux que les matadors indiquaient. Il me raconta aussi comment les voix des matadors s’étaient peu à peu tues, au fur et à mesure que les toros disparaissaient du campo. Et comment vint ensuite un profond silence, un silence de mort. Leurs voix avaient disparu, ils étaient morts, pour la dernière fois. C’était terminé.

Mercredi de cette fichue semaine, déjà 9 heures. Après mon café, je sors pour ma tournée et croise en ville Finito, il est accompagné d’Espada. Je n’aime pas les voir, pas ici, pas à Bejar, pas en attendant ce dimanche maudit. Aujourd’hui je me couche tôt. C’est une nuit de Castille noir, les étoiles s’allument puis s’éteignent, le noir domine tout, jusqu’aux cris sourds qui s’échappent des toriles et tentent de pénétrer en ville. Ma grand-mère apparaît dans mes rêves, je la revois, belle et tout en noir. Vieille mais éternelle. Je la revois me dire l’histoire de notre famille, comment mes parents sont morts et comment, tôt ou tard, je devrai continuer de faire ce que tous mes aïeux ont toujours fait. Ma grand-mère nous appelle les bergers de lune, elle dit que ce don nous vient de très loin, que notre histoire est faite de toros et de lune cachée. Une famille de bergers de lune. Depuis les temps anciens, notre famille guide la nuit les troupeaux de toros bravos. C’est pour cela que nos volets restent fermés le jour entier et ne s’ouvrent que la nuit venue. Car c’est la nuit que nous allons chez qui nous appelle, un éleveur dont un jeune eral s’est échappé, un paysan terrifié par un vieux toro rôdeur, ou parfois eux-mêmes, les toros qui nous appellent pour partager leurs nuits sauvages.

Je me réveille, jeudi, il est 6 heures, plus que quatre jours avant la fin. Je repense à ma famille, j’ai peur car je n’ai jamais guidé de toros, je ne sais pas comment faire ni comment leur parler. Ma grand-mère disait toujours que cela venait naturellement mais elle n’est pas là cette fois-ci. J’ai peur. Aussi parce que les arènes sont sacrement bien gardées, je ne vois pas comment je vais m’y prendre mais je ne peux plus reculer, je dois tout tenter. Je suis ici pour faire échapper les six derniers toros d’Espagne et les conduire vers des pâturages cachés, loin de Béjar, loin de la Castille, là-bas, tout au bout de l’Andalousie. Ceux qui m’ont fait chercher à Cadix ne sont pas encore venus me rencontrer. J’ignore tout d’eux, comment ils connaissent notre famille, qui sont-ils, ce qu’ils ont prévu pour samedi soir, je ne sais rien.

Je dors toute la journée du vendredi, sans rêve, un sommeil profond et noir. Je ne me réveille que le samedi matin aux aurores. C’est pour aujourd‘hui, pour ce soir. Ceux qui m’ont fait venir sont passés hier soir quand je dormais encore. Ils ont laissé au boulanger une enveloppe et un trousseau de clés. L’enveloppe ne contient qu’un mot simple. Les clés sont celles des arènes, je dois y rentrer après 11 heures et être loin de la ville avant le lever du jour. Un grand vide m’envahi, je ne sais pas comment être berger de lune et ce soir, pour la première fois, il faudra que je sois le dernier des bergers de lune. Mateo m’a passé son virus de la fumée, je sors pour fumer. Dehors, de l’autre côté de la ruelle, il y a un type sans âge dans un costume vert passé. Il me fixe et son regard est celui de millier de regards, de millier d’espoirs, de peurs et d’attentes. C’est certainement un de ceux qui m’ont appelé.

Je fais ma dernière tournée d’enveloppes et reste chez Mateo toute l’après-midi à fumer ses courtes cigarettes blanches. Bien sur il sait que je partirai ce soir alors il ne m’en parle pas, il me laisse et m’apporte de temps en temps un café noir dans une tasse en émail bleu. C’est très beau le bleu émaillé et le noir du café. Arrive l’heure de la fermeture, le rideau de fer se baisse, il laissera la porte ouverte pour que je puisse partir plus tard, si je le souhaite. Son regard est très calme, il se pose en face de moi et me dit tout bas « Un soir, un jeune maletilla mort il y a cent ans des cornes d’un Veragua m’a raconté : “quand la mort m’a frappé, tout était calme, le vent, la terre, la poussière, les odeurs. Tout s’est arrêté paisiblement pour ne laisser briller qu’une lumière blanche. Au loin, j’ai reconnu mon amour éternel pour cette terre et ce sang.” » Mateo est parti sans rien dire de plus.

Dix heures et demie, je dois aussi m’en aller. Mon esprit est déjà là-bas, tout là-bas, dans les campagnes espagnoles, entre les murets de pierres, les vallons verts et les tourbillons de poussière. Je pense aux plaines jaunes où chantaient les toros, la savane andalouse où rôdent l’amour, la mort et la nuit. Il faudra les traverser, y dormir et s’y cacher. Comme je suis heureux de repartir là-bas. La Grande Vie d’un berger de lune, je n’ai que cela en tête quand je quitte à mon tour le tabac de Mateo encore tout enfumé de cette journée.

Les alentours des arènes sont déserts, je rentre par la grande porte et espère en sortir bientôt. Mes pas ont un écho arrondi et cela me rassure, je continue vers les toriles. Ils sont là, les six regroupés, je crois qu’ils m’attendent. Je monte sur les planches et reste un instant immobile. Leur force est immense, heureusement que la nuit et le silence nous entourent de leur calme.

Il est déjà minuit, je décide de descendre, il faut partir, nous n’avons pas beaucoup de temps. Mes talons s’enfoncent sans bruit dans le sable et déjà je m’avance vers eux. Un pas, deux pas. Après je ne sais plus rien. Un grand vertige m’a pris, un grand bruit sourd suivi de sons aigus, quelqu’un est peut-être entré, les vents emportaient tout dehors, un grand vertige. La poussière qui volait en tourbillon m’empêchait de discerner quoi que ce soit. Je ne voyais plus rien, ni les toros, ni les planches, ni moi-même. Au loin le tourbillon de poussière continuait son chemin aléatoire dans un bruit sourd et constant. Je n’entendais plus que lui quand mes yeux se sont fermés, m’abandonnant à l’immense abysse noir.

Dimanche, Urdiales, Finito et Espada mirent à mort les six derniers toros d’Espagne. Urdiales coupa l’oreille du dernier toro et fit un tour de piste les yeux rouges de larmes et de sang. Il disparut ensuite par une petite porte et on ne le revit plus. À 19 heures, les gens sortirent des arènes dans un silence de cathédrale, les yeux perdus dans le passé et les têtes baissées. Mais pas de révolte, pas de heurts ni de colère. La simple vérité, la fin sans appareil ni cérémonie, c’était fini et la seule chose à faire était d’écouter ce silence, ce silence de mort.

Ceux qui m’ont fait venir doivent être après moi depuis ce matin. Pour savoir ce qui s’est passé, me demander des comptes ou faire passer leur rage. Ils me tueront peut-être ou me chercheront pour pleurer avec moi leur malheur. Moi, le dernier qui les ai vus. J’étais là pour faire échapper les derniers toros d’Espagne et j’ai échoué. Eux sont morts et moi suis à demi inconscient dans un champ, loin de Béjar, loin d’hier soir. Que s’est-il passé ? Pourquoi suis-je là ? Comment suis-je parti des arènes ? Je ne me souviens de rien, de rien d’autre qu’eux me parlant, les six. Ils m’ont dit qu’ils ne voulaient pas partir, qu’ils attendraient ce dimanche, qu’ils aimaient trop leur sang, leur terre, leur vie éternelle. Qu’ils aimaient trop. Tout est maintenant terminé, eux, ma famille, la Grande Vie de milliers de personnes, les nuits andalouses et l’espoir des toros. Berger sans troupeau, berger sans lune, où irai-je ? Où iront-ils ?

 

Paul Hermé

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