Mardi 11 Août 2020
El FUNDI
Mercredi, 30 Octobre 2013

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Hommage au plus français des toreros espagnols…

Portant une chemise aux couleurs de la France, El Fundi est venu rencontrer les aficionados biterrois au cours de ces dernières Journées Taurines où un bel hommage lui a été rendu. Il faut dire qu’El Fundi et la France Taurine, c’est une longue histoire, couronnée de triomphes devant les toros réputés les plus difficiles.

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Devant une salle comble, présentée par Rolland Agnel entouré de Guy Tanguy et moi-même, cette soirée tombait à point nommé pour reparler de tout ça en sa compagnie et de l’avis de tous les participants, El Fundi a une nouvelle fois mérité les deux oreilles et le rabo…

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Vingt-cinq ans de carrière, au cours desquelles il a toréé 78 corridas de Miura, 36 de Victorino Martín, 30 de José Escolar Gil et 17 de Palha, on est bien dans le créneau « torista » dans lequel le maestro de Fuenlabrada a forgé sa réputation. Et lors de cette soirée, dont le thème était « La France et les toros de respect », El Fundi est revenu sur de nombreux aspects de sa carrière. Ci-dessous, la quasi-totalité de ses propos…

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«D’où me vient mon surnom d’El Fundi ? Je ne le sais pas vraiment ! En Espagne, dans chaque famille, chacun a un surnom, un sobriquet, et dans la mienne, mon grand-père paternel m’appelait El Fundi sans que je sache vraiment pourquoi…

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Un toro de respect, c’est un toro sérieux sous tous les aspects, sa présence, son comportement, avec de la bravoure et de la noblesse, un toro digne de chaque arène où il sort, un toro à qui le public donne de l’importance. Et même pour sa mansedumbre ! Car même un manso peut imposer le respect dans une arène… C’est là que le torero doit montrer toute sa technique pour sortir de ce toro tout ce que le public attend de lui.

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Il faut tous les respecter. Et surtout, respecter la liturgie de la lidia. Avec un toro de respect, quelle que soit la ganadería, même si on pense qu’il n’y a rien à faire, le torero va essayer de la faire !

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Les toros de Miura, c’est une ganadería légendaire, différente des autres, avec une personnalité incomparable. Quand on le voit dans un corral, on sait que c’est un Miura ! C’est un toro différent de tous les autres, on dirait un toro des siècles passés. C’est surtout un toro qui permet d’appliquer une lidia basée sur la pureté et il faut être un bon aficionado pour saisir toutes les subtilités de cette lidia, la richesse de toreo de chacun d’entre nous. On peut triompher avec un toro de Miura, même s’il n’est pas « bonito », simplement en affrontant ses violentes charges et en le tuant sur le haut. Je dis qu’on peut triompher… quand le public sait le voir !

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Je pense qu’en France, ce type de corridas, en particulier les miuradas, est valorisé d’une manière très spéciale et une chose qui m’a plu dans le fait de tuer des corridas de Miura, c’est que le public voyait très bien les difficultés et savait récompenser mes efforts…

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Quand j’ai débuté, Hubert Yonnet m’a appelé pour la feria de Pâques à Arles et j’ai accepté la corrida de Miura car je voulais entrer dans les ferias. J’étais habitué aux corridas dures, et d’affronter celle-là, c’était une ouverture pour moi et ça représentait l’occasion que j’attendais pour me faire mieux connaitre chez vous et pouvoir ainsi entrer dans les cartels. En définitive, ce fut pour moi un authentique cadeau ! Avec un chocolat un peu amer, mais tout de même un beau cadeau !!!

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Bien sûr, il y a une façon particulière de les toréer, il faut comprendre leur embestida, leur comportement, et faire par rapport à leur tamaño. Nous, les professionnels, nous les appelons des toros « bastos », mais ils sont dans leur type. Ce qui est le plus délicat avec le toro de Miura, ce n’est pas sa morphologie, son grand tamaño, mais plutôt ce qu’il a dans la tête !

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Cette corrida de Miura, en 1990, a bien mal commencé pour moi. Et surtout pour Victor Mendes qui a été blessé et a pris les trois avis… et moi je pensais intérieurement que si un maestro comme lui se faisait prendre par ces toros, qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir m’arriver, à moi qui débutais ! Avec en plus le fameux mistral… Finalement, cette corrida a été très importante pour moi. J’ai coupé trois oreilles et alors que je n’avais pas d’autres contrats, tout a changé pour moi et j’ai par la suite été bien plus souvent engagé dans d’autres arènes…

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A Vic, j’ai été appelé pour remplacer Luis Francisco Esplá pour une corrida de Cuadri et j’ai pu ainsi me faire connaitre dans le Sud-Ouest et complètement entrer dans le monde taurin français. Au total, j’ai pu toréer cette année-là huit corridas chez vous…

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En 1991, j’ai toréé une quinzaine de corridas en France, dont  plus de la moitié aux côtés de Richard Milian. Ce fut une competencia forte, face à un rival important, sérieux, vaillant, et avec le temps nous sommes devenus de bons amis, nous remémorant ces années de lutte…

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Je suis sorti a hombros cinq fois consécutives des arènes d’Arles. Ce n’était pas facile mais j’ai eu la chance de bien connecter avec le public, ce que je garde comme un grand souvenir. Je suis très reconnaissant pour la manière dont le public français m’a accueilli, au cours de ma carrière qui a connu des hauts et des bas, et quand ça allait moins bien, c’est l’aficion française qui m’a permis de surmonter mes passages à vide.

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Au début, il est incontestable que ce sont les toros de Miura qui m’ont permis de me faire connaître. Les Victorino sont le contraire des Miura, ils sont plus fins, ils humilient beaucoup et pendant de nombreuses années, ils ont eu une grande régularité. Ils sont très exigeants pour les toreros, mais peut-être plus reconnaissants que les Miura si ont leur fait bien les choses. Quand ils embistent, ils le font avec plus de classe. Au début, ça m’a coûté beaucoup pour m’adapter à ces toros. La première corrida de Victorino, je l’ai toréée ici, à Béziers, et j’ai ramassé une bronca de gala dont je me souviens encore !!! Je n’étais pas très bien moralement, et j’ai eu du mal à m’entendre avec eux. Ça s’est arrangé par la suite, mais j’ai dû faire un gros effort pour les comprendre. Je savais qu’ils avaient un bon fonds d’embestida et qu’on pouvait faire des choses importantes avec eux. Et quand j’ai pu y parvenir, je me suis senti bien envers moi-même, ça m’a beaucoup réconforté de voir que je pouvais avec tous types de toros. C’était vraiment une grosse satisfaction personnelle…

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Le regard du toro est très important, il faut que tu t’y prépares pour qu’il ne te fasse pas peur, mais ce qui est le plus important, c’est le regard du torero envers le toro ! Si tu le regardes avec précaution, il peut te faire peur, mais si tu le regardes avec passion, avec autorité, les rôles peuvent être inversés. C’est surtout la manière de penser devant le toro qui est importante, et surtout, il faut essayer de réfléchir… et ne pas le laisser réfléchir !!!

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Certains élevages m’ont aidé dans des moments précis, mais je crois sincèrement, sans aucune prétention, que la ganadería m’importait peu, mon but était de triompher quel que soit le toro. Triompher devant un Miura, par exemple, te donne de l’importance, mais dans ces moments-là, je pouvais triompher aussi avec les Valverde, Albaserrada, Tulio Vázquez, etc... C’était avant tout une question de volonté, une envie de triompher, et c’est ce qui s’est passé.

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Au sujet de la lidia, et particulièrement le second tercio, les aficionados ne valorisent pas toujours le fait qu’un torero qui banderille n’a pas un seul moment de répit. Ils le voient comme quelque chose de normal, mais pour nous, c’est compliqué. Mais je sais que ça plait beaucoup, c’est un tercio qui m’a servi tout au long de ma carrière, en tant que lidiador, je l’ai fait avec beaucoup de sérieux et d’alegría et je suis très fier d’avoir été un torero complet.

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J’ai toujours eu de bonnes relations avec l’empresa d’Arles et quand on m’a proposé de m’enfermer avec six toros, en 2006, l’idée m’a séduit. Au début, ça ne s’est pas trop bien passé, mais en définitive, ça reste un bon souvenir car les choses se sont arrangées par la suite, notamment avec le toro de Tardieu auquel j’ai coupé les deux oreilles. Le public a su valoriser la lidia complète et le fait que j’ai varié les suertes en les adaptant à chaque toro avec entrega, ce n’était pas facile, mais j’ai voulu montrer que chaque toro avait sa lidia et j’ai fait toujours le maximum. C’était la récompense de ce que j’ai été capable de montrer au public et de ce que le public était venu chercher…

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Je garde beaucoup de bons souvenirs de mes corridas en France et c’est difficile de les énumérer. Les Miura d’Arles, bien entendu, qui m’ont ouvert le marché, je pense aussi à une corrida de mon beau-père à Dax, avec Meca, une autre de Hoyo de la Gitana aussi, une de Miura à Mont-de-Marsan, de La Quinta à Vic, mais il y en a eu aussi bien sûr à Béziers, Nîmes, Bayonne… Je suis très attaché à la France, j’en parle avec nostalgie car la France a évidemment beaucoup compté dans ma carrière.

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J’ai été un torero classifié dans ceux des corridas dures, mais j’ai évolué avec le temps. Je me souviens d’un toro de Miura à Arles, il y a quelques années, qui était très violent, très âpre, au début, et que j’ai pu dominer en le rendant plus suave, le toréant au final de la main gauche avec un certain succès.

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Je ne peux pas me souvenir de toutes mes faenas, de tous mes toros, mais si vous me dites tel élevage, telle année dans telle arène, alors tout me revient… Mais d’avoir été le torero de toutes les époques qui a le plus toréé en France me remplit d’orgueil car vos ferias sont très importantes et mes succès ici ont eu beaucoup de répercussion.  La relation que j’ai eue avec le public français a été excellente.

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C’est vrai qu’à Madrid, j’ai toujours eu un secteur du public contre moi, plus précisément le tendido 7. En fait, il y a environ un millier de personnes dans ce tendido, mais ceux avec qui j’ai eu une « incompatibilité de caractère » n’étaient pas plus de cinquante ! Pour la confirmation de mon alternative, avec Joselito et Bote, le public m’a poussé à faire la vuelta à mon second toro, mais elle a été protestée par ce secteur, alors je suis retourné dans le burladero. Mais la majorité des aficionados réclamait la vuelta, je me suis alors exécuté et lorsque je suis passé devant le 7, j’ai leur ai tourné le dos ! Ça a toujours été la guerre avec eux, et franchement, je n’ai jamais cherché à aplanir les choses ! Au fil du temps, ça s’est un petit peu arrangé, mais c’est vrai que Madrid m’a pas mal « molesté ». Avec ma façon de toréer, j’aurais pu être un torero emblématique de ce secteur, mais ça ne s’est pas fait…

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Actuellement, après avoir quitté les ruedos, je fais beaucoup de choses, entre autres beaucoup de cheval au campo, je participe aussi à un programme de télé sur Canal+ Toros, « 68 pasos », comme animateur, avec Marco Rocha. Ça me plait beaucoup, chaque semaine on reçoit un torero, dans une approche certes taurine, mais variée.

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Quand j’ai débuté, on toréait de manière un peu différente, et je crois que maintenant, on torée mieux que jamais, en prenant plus de risques. Le toro et le public sont de plus en plus exigeants. Le toro qui sort maintenant est différent, et même pour les figuras, il a plus d’exigences, il est plus mobile, il a plus de vibrations et je crois qu’il y a un bon niveau, autant chez les toreros que chez les ganaderías et le public.

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En définitive, je suis optimiste pour l’avenir de la Fiesta et face à la crise, il faut réguler le marché, s’attacher à satisfaire ce que demande le public et surtout en Espagne, toutes les entités devraient se réunir pour  présenter des corridas ayant plus de sérieux et de qualités. Mais je reste optimiste… »

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Le lendemain, El Fundi allait connaitre un dernier triomphe à Béziers lors du gala de la « Nuit des Toros d’Oc », les nombreux présents lui réservant une standing ovation unanime des plus méritées, à la hauteur de son talent et de sa personnalité. Un hommage comme il en a hélas trop peu connu lors de son année de despedida chez nous ! Enhorabuena, Maestrazo…

 

Paul Hermé

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