Samedi 20 Juillet 2024
CFT
Dimanche, 25 Février 2024
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Dernier jour de stage chez Rekagori…
 
VENDREDI
 
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Les prévisions météo nous poussaient à modifier notre programme, car samedi annonçait le retour de pluies verglaçantes voire de neige.
 
Nous allions donc regrouper les vaches prévues sur 2 jours ce vendredi.
 
Hier soir, de retour de l'entraînement, les maestros n'avaient pas relâché le rythme et avaient lancé une interrogation écrite sur les encastes avant le dîner.
 
C'était le secret pour réaliser des progrès significatifs, ne jamais baisser le rythme, continuer toujours à solliciter les corps et les esprits.
 
Lors de notre repas, Juan nous conta l’histoire de la poule de Juanito :
 
Durant une vuelta, un spectateur, comme c’est quelques fois le cas en Espagne, lui avait lancé, non pas son chapeau mais une poule, belle et bien vivante. La cuadrilla l’avait récupérée et ramenée à l’hôtel. Son fils Juanito, qui avait vu la scène à la télévision, avait demandé des nouvelles de la poule au téléphone à son papa. Il adorait déjà le volatile et avait demandé à la voir en vidéo pour s’assurer qu’elle était vraiment avec lui. Le problème, c’est que Juan toréait encore le lendemain et le surlendemain. Il lui fallut donc transporter la poulette de Juanito, d’hôtel en hôtel, jusqu’à la maison. Depuis, le petit Juanito s’en occupe et se régale d’œufs à la coque délicieux.
 
A l’avenir, il faudra penser à lui en lancer au moins une autre, comme ça la première s’ennuiera moins toute seule !
 
Côté accompagnateurs, nous aussi avions pas mal été sollicités et la fatigue commençait à se faire sentir. Il fallait néanmoins être en forme pour le chemin du retour.
 
Aujourd'hui, donc, pour conclure cette édition du stage à Salamanca, était prévue la tienta de six vaches chez Andoni Rekagori.
 
Mais, avant, le maestro Leal, après un petit café rapide, dès 9 heures avait entamé une séance de visionnage vidéo des 4 becerros mis à mort la veille. Chacun allait pouvoir revenir sur ses défauts, erreurs et autres améliorations à apporter. Cette séance video, sur des images de qualité tournées par Marc, a été tout autant formatrice que d'avoir toréé la veille un becerro rien que pour soi. Ralentis, arrêts sur images, retours en arrière : un trésor d'enseignements.
 
Quant à nous, notre souci mécanique n'étant pas résolu, il nous fallait revenir au garage.
 
Ana, hier soir, nous avait demandé quand nous allions trouver un moment pour déjeuner. Chacun y allait de ses propositions et des ambitieux avaient même proposé de ne pas déjeuner et d'aller directement à la finca. Je m'étais amusée à imaginer une bande de 6 adolescents en pleine force de l'âge avec des dents comme des baïonnettes, le ventre vide. J'avais réussi à convaincre les plus réfractaires que quelques bocadillos seraient les bienvenus pour ces toreros en exercice.
 
10h10, garage Citroën de Salamanca.
 
Filtre à particules ou pas filtre à particules ? Non, cette fois-ci c'est la pompe à eau. Le chef d'atelier est un passionné, son portable n’arrête pas de sonner : « Bon sang, mais quand vont-ils me laisser tranquille ? ». Il parle comme une mitraillette, il est très gentil, très pressé, mais efficace.
 
10h50, faux départ, à nouveau, même message de « sécurité », cette fois, dans l'enceinte du garage !
 
Re-ordinateur, d'autres défauts apparaissent, mineurs semble-t-il. Nous le verrons en route. Le chef d’atelier les annule, ah l'électronique ! Il s'aperçoit que notre système GPS n'est plus d'actualité. Il le met à jour car avec le nombre de nouvelles routes, ronds-points et autres rocades que nous font prendre tous ces toreros, il vaut mieux être "up to date" ! Re-attente, on se croirait dans une ganadería avant un tentadero !
 
Pendant ce temps, le petit groupe s'achemine vers l’élevage d’Andoni Rekagori pour un entraînement de salon, avant une tienta de six vaches, sandwich en poche.
 
12h30, re-sortie du garage, direction la Fuente de San Estebán.
 
13h20, arrivée à la ganadería.
 
Je sors ouvrir le petit portail. Froid, vent et pluie. Quand je veux refermer le portail, je ramène un battant et lorsque je pars fermer l’autre, le vent rouvre le premier, et ainsi de suite. C’est un gag ! Je me gèle. Alors, je déploie mes bras en croix, me souvenant que j’ai quand même été ceinture noire de stretching dans ma jeunesse, je tente un allongement maximum de mes pauvres bras pour claquer le bec à ce portail et à Eole dans la foulée.  
 
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Nous arrivons vers la placita, nous dirigeons vers le petit bungalow vitré où Doña Elisabeth nous fait la reseña de ce que nous avons perdu.
 
C’est Sacha qui torée la 4ème vache. La journée d'hier lui a donné une assurance qui fait plaisir à voir.
 
Éric, qui a pris une petite rouste avant notre arrivée (c'est le métier qui rentre), ressort.
 
Du sable dans son dos témoigne qu'il a donné de lui, il fait de bonnes passes, c'est super ! Madrid, j'arrive...
 
Sofian, c'est bien ce qu'il fait, il est très doux, très volontaire, quieto. Bien !
 
Puis notre Juan vient nous voir, dans notre petit palco de verre qui surplombe la piste, pour nous raconter les premières vaches. Il est gelé mais il y retourne. Il dévale les escaliers en courant pour aider à faire sortir la vache... il est comme ça Juan, il aime ça.
 
5ème vache.
 
Simon la pare. Mise en suerte pas terrible. Le Maestro Leal y va.
 
Jean-Yves nous rejoint frigorifié. Il est ravi d'avoir pu apercevoir les notes sur le carnet du ganadero : une quinzaine de critères pour chacune des bêtes, note de 1 à 10 chaque fois, pour effectuer sa sélection.
 
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Il me remet ses notes pour le début de la tienta, les voici :
 
12h : 1ère vache pour Valentin, bonne impression.
 
12h25 : 2ème vache. Petite colorada. Rémy et Sacha au capote.
 
Deux piques sans conviction.
 
Baptiste à la muleta.
 
Toreo des deux côtés sans se laisser accrocher la muleta.
 
Vache plaisante.
 
Fin de faena en toréant de très près.
 
Erick sort de second, conseils de l’éleveur : Erick rentre dans son terrain. Juan repositionne la vache. Toreo parallèle aux planches.  
 
 
Bachouchage sans conséquences.
 
12h45 : retour de la vache dans le corral pequeño.
 
12h48 : 3ème vache, toute noire.
 
Rémy pour la parer. Faiblesse des antérieurs. Sacha au quite.
 
Première pique faible.
 
Après une seconde piquette de rien du tout, l’éleveur demande de prendre la muleta et la vache en profite pour se cacher à l'intérieur d'un burladero. Très faible, nécessitant une faena d’infirmier. Rémy s’y emploie sans succès. Chutes incessantes de la vache.
 
Puis Rémy devient peu à peu bon infirmier : douceur et encore douceur. Tout geste brusque est interdit.
 
Juan soutient Rémy dans sa faena qu’il exécute de mieux en mieux.
 
13h13, personne en second. Rentrée de la vache.
 
Le froid engourdit mes doigts et la batterie de mon portable est à plat !
 
Il fait 5.9° au plus chaud !
 
Tout le monde est gelé. Marc, notre cinéaste, s'est fait railler par l'ensemble des toreros pour avoir arboré un bonnet du PSG !
 
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Suite de la 5ème vache :
 
Simon à la muleta.
 
Dans le ruedo, le vent, pourtant fort, ne gêne pas. C’est tant mieux.
 
Pour Simon, c'est compliqué avec une becerrita un peu faible... À mi-hauteur Simon, à mi-hauteur !
 
Quelques bonnes passes malgré tout.
 
Le soleil réapparaît.
 
Re-Sofian,
 
C'est pas mal.
 
Re-Éric,
 
Quelques bonnes passes bien effectuées.
 
14h06, fin de la vache. Le Maestro Leal à l'œuvre.
 
On se régale de voir le troupeau des vaches envahir la prairie entourant l’arène. Nous sommes tout de même chez elles !
 
14h10, une dernière vache rousse, la 4635. Elle clôture notre entrainement Salmantin.
 
Même couleur que le sable. Encore son poil d'hiver.
 
Valentín.
 
Je plains le picador qui a dû patienter durant des heures sur son cheval dans ce froid.
 
Sortie du picador. 14h15.
 
Rémy à la muleta.
 
Il a fait aussi de grands progrès, beaucoup de temple.
 
Le Maestro Le Sur, qui est arrivé frigorifié du garage, s'est, lui aussi, réfugié dans la petite maison de verre. Il nous commente la technique tauromachique, c'est évidemment très instructif. Nous l'écoutons Elisabeth, Jean-Yves et moi avec attention.
 
« Quand on doute de soi, on a le réflexe de ramener ses bras vers soi et par le fait la vache aussi. L'animal le sent et ça ne fonctionne pas bien. »
 
Valentín.
 
Il torée bien, mais à son niveau, il faut plus…
 
Sofian, de mieux en mieux.
 
Éric en profite pour ressortir chaque fois que c’est possible. « Tu as raison, Éric, tu n'auras pas toujours des occasions comme celle-là. ».
 
Simon. « Croise-toi, Simon. »
 
Baptiste. « Mets la jambe, Baptiste. ».
 
On s’aperçoit très vite que l’expression corporelle est la plus importante, la technique ça s'apprend toujours, mais le reste, c'est très personnel.
 
Sacha. Très très bien.
 
"C'est la grande surprise, ce garçon !" dit Élisabeth.
 
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Sortie de notre dernière vache. Le Maestro Leal n'a pas son pareil pour faire rentrer une bête à l'aide d'un mauvais sachet plastique accroché à un bâton.
 
14h43. Fin de la tienta.
 
Le mot de la fin va à Élisabeth : "Vivement l'an prochain qu'on recommence ! "
 
14h57 : nous partons sous une pluie battante. Nous retrouverons Andoni et Almudena son épouse ce soir à la Rad, pour partager le diner « del Adios » et le spectacle d'Eric, notre cher magicien.
 
L’ami Juan, hypercongelé, s'est engouffré dans sa voiture après nous avoir salués. Il doit regagner son Sud pour être à Jerez ce soir. Il a dû sûrement mettre le chauffage à fond, ambiance sévillane assurée. Sous nos recommandations de ne pas rouler trop vite, nous le quittons à regret, conscients de tout ce qu'il a apporté à chacun d'entre nous. C'est un jeune homme fantastique, avec un cœur grand comme ça. Je prie pour que ses anges gardiens lui fassent une belle vie, il la mérite. ¡ Olé Maestro !
 
Sur le chemin du retour, Jean-Yves et Marc ont devisé sur la vidéo et la photographie. Ils échangent déjà leurs mails respectifs, se promettant de se revoir pendant les ferias.
 
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Nous rentrons vers la Rad. Finalement, personne n’a touché aux bocadillos.
 
Nous envahissons la salle du bar de la Rad. Juana nous accueille avec toute sa gentillesse sud-américaine. Il est 15h45. Notre dilemme : sucré ou salé ? Depuis le début de la semaine, Jean-Yves nous parle du chocolat « de verdad » de Juana. Il a déjà convaincu Marc. Je me rallie à la cause, Elisabeth également. « Je le fais avec le cœur et avec amour ! » nous dit Juana. C’est vrai, ça se sent. C’est un des meilleurs que j’ai goûtés.  
 
Nous devons préparer les valises pour regagner la France demain. Gérard, qui va à nouveau faire la conduite tout seul, veut absolument partir vers 7h pour arriver avant la nuit. Donc, comme c'est l'habitude pour gagner du temps, les petits vont mettre tout leur matériel taurin en premier dans les voitures, pour perdre le moins de temps possible, demain à l'aube.
 
Notre ami Éric me confie ne pas avoir vu passer la semaine. Ce soir, il va nous offrir un petit spectacle de magie comme c’est désormais la tradition. Nous allons ensuite terminer en nous régalant d'un cochon grillé pour tous, concocté par Joaquín, le cuisinier, qui s’est occupé de nous cette semaine avec beaucoup d’application.
 
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Je vais quitter ma querencia avec déjà un peu de nostalgie, consciente d’avoir, encore une fois, vécu un moment privilégié de partage et de plaisir. Je sais que ces stages ont toujours laissé des souvenirs profonds à tous ceux qui les ont vécus, notamment aux deux nouvelles graines de matadores Remi et Sacha qui ont donné leur premier coup d’épée, comme jadis, beaucoup d’autres élèves du CFT l’ont fait avant eux.
 
Si Dieu le veut, je vais retrouver ma petite maman, qui a bien mérité que je revienne m’occuper d’elle.
 
Chanquete