Vendredi 01 Mars 2024
PATRICE
Jeudi, 09 Novembre 2023
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Torero ! Torero !...
 
« … Pero lo más emotivo ocurrió en torno a la una del mediodía. Bajo un sol de justicia, como el de las grandes tardes, el cuerpo del maestro llegó al coso de Las Palomas. La primera parada fue ante su monumento que la ciudad le dedicó. Un capote de paseo y la bandera de Algeciras cubrían el féretro que se adentró hacía el albero del coso algecireño para hacer su último paseíllo. El millar de aficionados rompían el silencio con ovaciones y gritos de “torero, torero” y coreando el nombre de Miguelín. »
(Europa Sur/ 23/07/2003)
 
« Pourquoi les foules crient-elles «Torero ! Torero ! ? Parce que vient de mourir le Héros et elles ne crient pas : « Coureur ! Coureur ! » quand se tue le champion automobile.. Mais quand meurt le torero, c'est l'Espagne qui meurt. C'est la Mère qui enterre le Fils. Et le secret de sa douleur – ay, dolor! - c'est qu'il monte du ventre de cette femme, «monceau d'entrailles, pitié douce ». 
 
C'est qu'il est populaire. C'est que dans le village s'élève le cri rauque des pleureuses et qui sera demain le llanto des cantaores flamencos qui chanteront le torero. J'assistais, il y a bien longtemps et dans un village andalou, à l'enterrement d'un vieux banderillero. Les hommes, nous attendions dans la rue, devant la maison. Les femmes étaient à l'intérieur et, quand le cercueil sortit, il y eut ces cris qu'elles poussèrent, affreux, déchirants, arabes, mais un frisson étrange, car il était heureux, me parcourut. A l'église, le padre déclara, dans son sermon : « C'était un bon banderillero, Clarito, c'était un vaillant torero... » Et tout le village approuva. Les hommes n'avaient pas de cravate, mais leur chemise était blanche avec un lacet noir autour du cou. 
 
Une grandeur, à ce rendez-vous, et je ne l'ai pas oubliée. « Torero ! Torero ! », trompettes aigres des bandas ou tambours battus sourdement quand se balancent dans les rues les pavois des Vierges et du Crucifié, saints pieusement momifiés par l'air sec de la terre d'Espagne et que l'on exhibe, sous un autel, derrière une protection de verre et quatre fois par an, les fidèles, dans la cathédrale de Séville, sont admis à contempler les restes du Saint Roi Ferdinand, enterré il y a plus de sept siècles ; et sous l'autel de la Capilla Real, rangés dans des armoires, des cercueils encore, que l'on dirait pour enfants, mais qui contiennent ce que l'on a pu recueillir, os et poussière, de Pedro le Cruel, de sa favorite Maria de Padilla et d'autres princes ou plus humbles serviteurs de Dieu ; ces triomphes de la Mort – chapelle de la Caridad – de Valdés Leal : un archevêque et un chevalier, grouillants de vers dans leurs cercueils entrouverts (Murillo déclarait qu'il se bouchait le nez pour admirer ce chef-d’œuvre) et la Mort hideuse étreignant la lumière de la Vie ; dinamiteros républicains et ce « Viva la muerte ! » poussé par un général croisé de Dieu et qui horrifia et fascina le Basque Unamuno, l'Espagne, qui aime la mort, «reconstruit avec le cœur ce qu'elle démolit avec la tête » et vains sont les «professeurs qui rédigent des histoires de la philosophie alors qu'il n'y a que des aventures et des destins ». 
 
Jean Cau/ Sévillanes
 
Julliard, 1987.
 
Datos 
 
Jean Cau, né le 8 juillet 1925 à Bram (Aude) et mort le 18 juin 1993 à Paris 6e, est un écrivain, journaliste et polémiste français.
 
Secrétaire de Jean-Paul Sartre de 1946 à 1957, il écrit dans Les Temps modernes, puis est journaliste à L'Express, à France Observateur, au Figaro littéraire et à Paris Match. Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, romans, essais, pamphlets et pièces de théâtre, ainsi que de plusieurs scénarios de film.
 
Il reçoit, en 1961, le prix Goncourt pour son roman La Pitié de Dieu.
 
Jean Cau était un passionné de tauromachie. Il consacra à cette forme de spectacle de nombreux livres et articles, dans lesquels il exprime son attachement envers un art qu'il estimait être l'héritage ancestral de rites et de jeux païens avec l'animal sauvage.
 
Ses périples de férias espagnoles en férias françaises lui inspirèrent, notamment, Les Oreilles et la Queue, Sévillanes et La Folie corrida.
 
 
Miguel Mateo Salcedo «Miguelín», né le 19 mars 1939 à Abarán (province de Murcie), mort le 21 juillet 2003 à San Roque (province de Cadix).
 
Débuts en novillada avec picadors : Algésiras le 10 avril 1955 aux côtés de Pepín Jiménez et Sergio Flores.
 
Débuts à Madrid (Plaza de Vista Alegre) : 1er avril 1956.
 
Présentation à Madrid (Plaza de las Ventas) : 31 mars 1957 aux côtés de Fermín Murillo et Luis Segura. Novillos de de José Matías Bernardos.
 
Alternative : Murcie, le 9 septembre 1958. Parrain, Luis Miguel Dominguín ; témoin, César Girón. Toros de Francisco Galache.
Confirmation d’alternative à Madrid : 24 avril 1960. Parrain, Gregorio Sánchez ; témoin, Antonio Cobos. Toros de Juan Cobaleda.
 
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Bohème, hétérodoxe, iconoclaste et rebelle sont sans doute les mots qui qualifient le mieux « Miguelín » et son style de toreo. Il pouvait toréer de la façon la plus vulgaire qui soit, et quelques instants plus tard, de façon très classique. Durant toutes les années 1960, il a été l’un des principaux rivaux de « El Cordobés » qui refusait de faire le paseo en sa compagnie : les deux matadors ne se sont affrontés de façon directe qu’à deux reprises en 1964, à Jaén et à Murcie. Les deux fois, « Miguelín » est sorti en triomphe, « El Cordobés » sous la bronca.
 
Son fait d’armes le plus connu date de mai 1968 : au cours d’une corrida à Madrid, il avait, en costume-cravate, sauté en piste pour démontrer que le toro d'El Cordobés était ridicule.
 
Il interpréta aussi le rôle du torero dans Le Moment de la vérité, film de Francesco Rosi (1965).
 
« Pour le torero Ruiz Miguel, il fut un «torerazo», un sacré torero, et pour le matador Juan Posada, recyclé dans le journalisme taurin, «le torero le plus complet de son époque». Miguelin pouvait templer les toros à la cape, était un grand banderillero, un puissant manieur de muleta et un tueur accompli. «Un génie», a titré en une la revue 6 Toros 6. Pour Manolo Cortés, interrogé par cette même revue, il était un torero «colossal», avec un pouvoir «grandiose» sur les toros. » (Jacques Durand/ «Libération»/7 août 2003).
 
Patrice Quiot