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PATRICE
Vendredi, 27 Octobre 2023
jos26pk
 
Gregorio Corrochano : « A Joselito le ha matado un toro… » (1)…
 
« Ojalá mañana te mate un toro en Talavera!”.
 
(Voix anonyme des tendidos s’adressant à Joselito /Madrid le 15 mai 1920).
 
« Tout ce qui est arrivé me semble être un cauchemar. Je l'ai vu et ne peux y croire. Écrire me coûte un effort terrible : « A Joselito le ha matado un toro ». Mais c'est comme ça, c'est arrivé: « A Joselito le ha matado un toro en Talavera de la Reina ».
 
Je suis sous le coup de la tragédie. J’aimerais ne pas être celui à qui le destin a confié cette chronique. Je suis triste et pourtant je dois écrire. J'écrirai ; ce sera mon destin, comme celui de venir mourir ici fut celui du pauvre Joselito.
 
Ce qui me tourmente, ce qui m'obsède, c'est la fatalité. Depuis qu'il avait su qu'une corrida était organisée à Talavera, Joselito ne souhaitait rien d’autre que la toréer. 
 
L'empresa ne voulait pas ; car, de faible contenance, la plaza ne permettait pas d’exposer des frais élevés. Un de ses amis s’était chargé de négocier la chose et Joselito avait été engagé à Talavera. 
 
Puis, d’autres difficultés étaient apparues. L’empresa de Madrid le voulait pour ce jour-là et la Dirección de Seguridad, avait annoncé qu'elle ne laisserait pas Joselito quitter Madrid. Joselito avait insisté, proposé de nouvelles dates, cherché des solutions et avait accordé toutes sortes de facilités pour pouvoir venir à Talavera. 
 
« Y vino, y murió casi en el ruedo, pues entró en la enfermería con un colapso, del que no volvió ».
 
Le cinquième toro l'a tué. Il s'appelait Bailador. Il était noir, avait cinq ans, était très petit, très court de cornes et ne pesait que 260 kilos en canal. Il appartenait à la ganadería de la veuve d'Ortega, un croisement entre Veragua et Santa Coloma.
 
La corrida se déroulait dans la joie et la bonne humeur. Il y avait une foule impressionnante. Comme dans tous les villages qui avaient pleinement conscience d’être des privilégiés, Gallito avait été accueilli avec enthousiasme et gratitude ; accueilli de la façon dont on accueille un artiste qui leur fait la faveur de leur offrir son art.
 
Gallito brinda le toro; je me souviens de ses mots:
 
«Brindo por el presidente, por su distinguido acompañamiento y por el pueblo de Talavera, adonde tenía muchas ganas de torear, porque esta plaza la inauguró mi padre, por cuya memoria brindo también».
 
Le toro était certero comme le sont les toros à cornes courtes « y sin recargar, sin llegar apenas a los caballos pues fue el menos bravo, mató tantos como varas tomó.»
 
Joselito m’indiqua d'un geste qu'il n'aimait pas le toro ; je lui répondis que je ne l'aimais pas non plus. « Uno de tantos comentarios mudos como Joselito y yo hacíamos en las corridas ».
 
Plus tard, je lui avais dit que le toro était burriciego ; il m’avait répondu que le toro avait perdu la vue en los caballos
 
Et Joselito sortit pour tuer « Bailador ».
 
Le toro se défendait, était bronco. 
 
« José medio lo dominó con la muleta y el toro se fue a las tablas », près de ma barrera du 1.
 
J'avais parfaitement entendu qu'à deux reprises il avait dit au Cuco : « Quítate, Enrique, que está el toro contigo y por eso no toma la muleta ». 
 
Le Cuco changea d’endroit.
 
Avec des passes de tirón, Joselito avait sorti très laborieusement le toro de la querencia. Le toro ne prenait pas la passe. 
 
« José, que estaba muy cerca, dándole con la muleta en la cara, se retiró, y entonces el toro, acaso porque le viera mejor por el defecto de la vista ya apuntado, se le arrancó fuerte y pronto, inesperadamente, en un momento en el que el torero no hacía nada, sino que se disponía a hacer. »…
 
A suivre…
 
Patrice Quiot